
Devenue le symbole de la colonisation, dans ses manifestations les plus hideuses, la Palestine, est pour ses écrivains et ses intellectuels de toutes obédiences, une question d’engagement, sans rémission de lutte pour la dignité bafouée, et de la reconquête de la terre spoliée.
Partout à travers le monde, le keffieh est devenu le drapeau des révoltés. Palestinien n’est plus seulement une nationalité, c’est une personnalité déniée que le sionisme tente, mais en vain, d’étouffer, de l’éliminer de la surface de la terre, c’est l’incarnation la plus notoire, du refus de plier, c’est une résistance obstinée et opiniâtre de chaque instant et de chaque geste. Dès lors, il ne faut pas s’étonner que les oeuvres des écrivains et des poètes palestiniens n’aient jamais cessé de jouer un rôle essentiel dans le parcours douloureux, mais tout aussi exaltant de la lutte existentielle d’un peuple soumis au funeste processus colonial d’effacement de son identité.
L’objectif principal du sionisme devenait celui de vider la Palestine afin de mettre en oeuvre un remplacement de population, voulant exaucer par le fer et par le feu, quasi prophétiquement son plus sinistre dessein : «une terre sans peuple pour un peuple sans terre». Les intellectuels et les écrivains palestiniens ont donc précocement compris ce qu’allait être le destin réservé à leur peuple et à leur terre.
Les Palestiniens dans et en dehors de leur terre, ont été déshumanisés et réduits à des stéréotypes par une bestiale rhétorique israélienne. Un intense travail culturel, littéraire est à l’évidence, essentiel pourra réaffirmer l’existence d’une terre qui s’appelait et s’appelle Palestine. Pour un écrivain palestinien, envisager une orientation totalement éloignée de ce combat, correspondrait à dissimuler la réalité et à nier la situation actuelle.
D’ailleurs, la plus grande lutte et la plus grande réussite des écrivains palestiniens résident dans leur refus de devenir des victimes impuissantes devant l’horreur de la condition réservée à leurs compatriotes. Tout en ne cessant jamais d’être conscients de la situation difficile vécue par leur peuple, les écrivains palestiniens font preuve d’une détermination et d’une résilience qui transcendent la tragédie. C’est ce qui a donné sa couleur, sa robustesse et sa crédibilité à leur littérature, précisé son ton et ses intentions, ce qui les a placés d’une manière incontestable, à la pointe, des lettres arabes contemporaines.
Les femmes, bien entendu, ne sont pas demeurées en reste de ce mouvement littéraire et poétique. Elles ont accompagné et marqué la littérature palestinienne. Non qu’elles soient absentes de la littérature masculine, mais le fait que les femmes écrivent par elles-mêmes, sur elles-mêmes, ou sur tout autre sujet qui touche au plus profond le vécu de leur peuple est une dimension appréciable, un apport nouveau aux traces écrites qui se veulent éternelles comme l’exige toute littérature. Et si nous devions investir d’autres champs culturels, ceux du cinéma ou du théâtre, des arts plastiques, du dessin de presse, on peut soutenir aisément que les intellectuels palestiniens et autres hommes de plumes, se sont hissés à la hauteur de leur devoir d’écrire, de combattre efficacement l’une des formes les plus répressives de toute l’histoire de l’humanité.


