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Oran : la face cachée des constructions illicites

L’importante opération de démolition de 495 constructions illicites non habitées, qui s’est déroulée pendant toute la journée de lundi dernier à Haï Mohamed Boudiaf, commune de Hassi Bounif, a révélé certains secrets de la face cachée de ces constructions, ce qui justifie largement leur démolition.

En effet, elles sont non seulement construites illégalement sur des terres agricoles fertiles, mais il s’agit aussi d’une urbanisation sauvage échappant à tout contrôle, encourageant l’exode rural vers la ville et certains fléaux sociaux. La grande majorité de ces constructions illicites inhabitées était confiée à des membres de la famille des propriétaires, qui se trouvaient soit à Relizane, soit à Mostaganem, comme nous avons pu le constater sur place.

Certaines de ces bâtisses étaient implantées sur d’importantes superficies et n’abritaient que des poules de campagne ou des chiens. Ce qui a retenu notre attention, c’est l’affaire scabreuse d’une dame habitant à Sidi el Bachir, commune de Bir el Djir, qui achète des constructions illicites à Haï Mohamed Boudiaf pour les donner en location à des couples. Deux de ses constructions illicites ont d’ailleurs été démolies. Selon un habitant, cette dame possède huit bâtisses dans cette zone.

Lors de cette opération de démolition, un individu ne s’est pas contenté de construire illégalement une habitation sur cette terre agricole, mais a également construit un parc de récupération de matières plastiques, où des milliers de bouteilles en plastique vides étaient stockées, représentant un danger certain pour les voisins en cas d’incendie. Une habitation inhabitée appartenant à un individu ayant également une deuxième bâtisse illicite au lieu-dit Hayat Regency (commune de Sidi Chahmi), où ses enfants et son épouse sont abandonnés, a été démolie. Selon une personne qui connaît bien cet individu, cette bâtisse servait pour sa deuxième compagne. Les habitants de cette bourgade se sont réjouis de la démolition de deux bâtisses gérées par des délinquants, qui servaient de lieu de débauche.

“Personne ne pouvait dire quoi que ce soit sur ce qui se passait dans ces deux bâtisses par crainte de représailles de la part de ces délinquants”, affirment certains habitants soulagés. Lors de cette même opération de démolition, nous avons remarqué que certaines constructions étaient à vendre. Le mot “à vendre” était écrit à la peinture sur les portes et les murs de ces constructions. Cela nous a amenés à poser à certains habitants la question sur le prix de vente.

“Certaines personnes profitent largement de l’achat et de la vente de ces bâtisses. Elles font de cette pratique une activité lucrative pour s’enrichir illégalement. Certaines personnes ont même amassé une fortune grâce à cette activité illégale”, révèle un habitant. Il ajoute que, pour une baraque avec toiture en tôle dont la superficie ne dépasse pas les 100 m², le prix, varie entre 20 et 30 millions de centimes.

En revanche, pour une bâtisse avec dalle, le prix varie entre 200 et 470 millions de centimes, en fonction de la superficie et du nombre d’étages. Si cela dépasse deux étages, le prix peut atteindre facilement 700 millions de centimes si celles-ci occupent une surface importante, explique notre interlocuteur. Par ailleurs, il est important de préciser que cette opération de démolition, qui s’est pourtant déroulée pendant toute une journée, n’a touché qu’une infime partie des constructions illicites à démolir, tant le site s’étend sur plusieurs centaines d’hectares. Cela nécessite la mobilisation de très importants moyens humains et matériels, et pour plusieurs jours consécutifs, comme nous avons pu le constater.

Le chef de daïra de Bir El djir, M. Mahdjoub Mustapha, qui a supervisé cette opération pendant toute la journée, nous a déclaré qu’elle n’est pas la première et ne sera pas la dernière, et que la lutte contre les constructions illicites se poursuivra jusqu’à l’éradication de ce fléau. Il a également donné des instructions au maire de Hassi Bounif de déposer plainte contre la dame de Sidi el Bachir, qui s’adonne à l’achat de bâtisses à Haï Mohamed Boudiaf pour les donner en location à des couples, comme évoqué plus haut dans cet article.

A. Bekhaitia

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