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1er séminaire international de la médecine légale à Sidi Bel Abbés : appel à la création d’une commission nationale multisectorielle chargée de développer la médecine légale

L’auditorium du rectorat de l’Université Djillali Liabès de Sidi Bel Ab bès, a abrité durant deux jours le premier séminaire international de la médecine légale au thème de «La médecine légale, et la violence à l’égard des femmes entre traumatisme, prise en charge et justice », organisé par la faculté de médecine et le service de médecine légale du Centre hospitalo-universitaire Abdelkader Hassani de Sidi Bel Abbés.

L’événement a connu une large participation de médecins spécialistes en médecine légale, ainsi que d’experts et de chercheurs nationaux et des pays de l’Egypte, de Tunisie et d’Indonésie. Les intervenants ont présenté les expériences de leurs pays dans le domaine de la médecine légale et son rôle central dans l’élucidation des crimes de toutes natures, en mettant l’accent sur le phénomène de la violence faite aux femmes et ses lourdes répercussions physiques et psychologiques, ainsi que sur les aspects médicaux et judiciaires qui y sont liés.

Dans ce cadre, le professeur Belhadj Rachid, président des médecins légistes algériens et président de l’Académie de développement de la médecine légale en Algérie, a animé une conférence scientifique intitulée : «L’évolution de la médecine légale en Algérie : le décryptage d’une scène de crime d’une femme victime de violences mortelles ».

Il a abordé les problématiques complexes auxquelles sont confrontées les femmes victimes de violence, ainsi que les réelles difficultés rencontrées par la médecine légale pour une prise en charge effective des victimes, notamment en raison de l’absence de services d’urgences médicojudiciaires. Le professionnel de la médecine légale a insisté sur la création d’une unité d’urgences médicojudiciaires à travers les hôpitaux du pays et notamment au CHU de Sidi Bel Abbés, tout en soulignant l’importance de doter ces unités d’équipements médicaux et technologiques modernes, des laboratoires d’analyses, afin de prendre en charge les femmes violentées dans l’immédiat et préserver les preuves scientifiques sans perte des droits des victimes.

«Il faut développer une médecine légale de terrain», insiste t-il. Il indiquera que le service des urgences médico-judiciaires d’Alger qui est doté de moyens matériels, reçoit entre 14000 à 16000 réquisitions par an, soulignant qu’un autre service d’urgences medico judiciaires infantile a été créé pour proteger les enfants victimes de violences tout en leur réservant un accompagnement psychologique et prise en charge effective. Le président des médecins légistes a également évoqué les acquis apportés par la loi sur la santé de 2018, qui a accordé une importance particulière à la prise en charge des victimes de violences sous toutes leurs formes et garantit le droit aux soins et à l’accompagnement des catégories vulnérables.

A cela s’ajoutent les récentes modifications introduites par le ministère de la Justice dans le Code de procédure judiciaire et le Code pénal, lesquelles ont consacré la place de la preuve scientifique dans le processus judiciaire. Le professeur Belhadj a par ailleurs insisté sur l’importance de la formation continue et sur le rôle des universitaires dans le développement des sciences médico-légales, la modernisation des moyens de diagnostic et l’humanisation des sciences, notamment à la lumière des mutations sociales, économiques et culturelles que connaît la société, et des nouveaux phénomènes qui en découlent, tels que la consommation de drogues, l’émigration clandestine, la violence urbaine, le chômage touchant les diplômés universitaires, le mauvais usage des téléphones portables et de l’intelligence artificielle, parallèlement à l’augmentation des taux de suicide et de divorce.

Le président des médecins légistes algériens a également appelé à la création d’une commission nationale multisectorielle chargée de développer la médecine légale, dans l’objectif de mieux servir le citoyen et d’assurer une prise en charge effective des victimes de violence sur les plans psychologique, social et médical, tout en prenant en charge l’agresseur afin de comprendre les causes l’ayant conduit à commettre l’acte. Il a révélé, dans ce contexte, que depuis les années 1970, la médecine légale algérienne est demeurée constamment au service de la justice et des justiciables, notamment dans les domaines de l’autopsie médico-légale judiciaire, de la prise en charge des victimes de violence, des soins de santé aux personnes détenues et de la médecine des catastrophes, en plus de sa contribution à la formation continue des magistrats, des officiers de police judiciaire et des étudiants en faculté de médecine, dans le domaine des sciences de médecine légale, alors qu’aucun module de médecine légale n’est enseigné aux avocats au cours de leur cursus d’enseignement.

Pour clôturer, il soulignera l’importance qu’accorde l’Etat algérien à la medecine legale qui compte actuellement plus de 500 médecins légistes au service des sciences légales et des victimes de violences sous toutes leurs formes.

De son côté, le docteur Dina Chokri, professeur de médecine légale à la Faculté de médecine de l’Université du Caire, présidente de la Ligue arabe et membre du centre consultatif de médecine légale auprès de la Cour criminelle internationale, a présenté une communication sur le protocole égyptien de prise en charge des violences physiques et sociales, lequel garantit les soins médicaux ainsi que la réhabilitation psychologique et sociale des victimes. Ce protocole, a révélé l’intervenante, s’est basé sur des statistiques de l’année 2021, et l’ampleur des cas de violences sur la femme, soulignant qu’une femme sur trois est exposée à des violences de la part de son mari ou de son fiancé.

Plusieurs communications ont été programmées durant les deux journées scientifiques abordant les différentes formes de violence exercée sur les femmes, les modalités de leur prise en charge sanitaire et psychologique, ainsi que le rôle central de la médecine légale dans l’assistance au dispositif judiciaire à travers la présentation de preuves et d’indices scientifiques, contribuant ainsi au renforcement de la protection des victimes et à la consolidation de la justice.

Fatima A

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