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Ain Temouchent : quand le grand cimetière cache ses morts…

Le recueillement devant les tombes est un rituel ancestral qui prend toute sa signification durant les fêtes de l’Aid.

Une tradition bien ancrée dans nos moeurs sociales où le silence des morts s’impose au vacarme des vivants rappelés à leur devoir de mémoire… et au respect de la nécropole. Et ce sont surtout les femmes qui, par processions, profitent de ces dates sacrées pour rendre visite aux proches inhumés au grand cimetière Sidi El Hadj Belabbes d »Ain Temouchent.

Hélas, cette année une certaine amertume se lisait sur les visages des familles qui s’expliquaient mal le laisser aller dont pâtit le cimetière rongé par les herbes sauvages qui y poussent plus haut que les pierres tombales . Au point que beaucoup de visiteurs éprouvèrent des difficultés à se frayer un chemin au milieu des ronces avant de reconnaître les sépultures de leurs défunts parents ou amis.

Hormis les récentes extensions, transformées depuis peu en espaces mortuaires, tout le reste du cimetière, notamment la partie haute, est recouverte jusqu’aux tombes, également envahies, rendant ainsi inopérants les repères permettant de retrouver les êtres décédés disparus une seconde fois il faut le dire. Si les morts sont des gens qu’on ne voit plus au sens physique, ils sont devenus non plus visibles une fois sous terre.

Des noms effacés par l’usure du temps et la nature qui reprend ses droits ou encore l’oubli des vivants. Parfois ce sont des fosses mal ajustées et sans apparât nivellées par les pluies, de petits carrés où gisent des enfants enterrés au milieu des allées tortueuses, des épitaphes fissurées par la poussée du lierre, des bancs en granit disposés n’importe comment. Le cimetière créé au début du 19 ième siècle a gardé sa configuration chahutée.

Sans ordonnancement ni structuration. En plusieurs endroits traînent des sachets et des bouteilles en plastique aux côtés d’amas d’ordures donnant aux saints lieux une image indigne des responsables. Alors se pose ici la question qui dérange : quel avenir pour nos morts ? Quel sort pour le passé ?. Pourquoi, dirions nous, les vivants qui viennent prier pour le salut de leurs proches ne réagissent pas en nettoyant et en désherbant l’espace de ce qu’on appelle la dernière demeure. J’ai eu moi même ce réflexe en voyant le site envahi par la végétation mais le manque de matériel sur place m’en a dissuadé. L’APC possède certes une équipe chargée du creusement des tombes mais pas plus. Alors qui des associations qui représentent la société civile ?

Le volontariat et le bénévolat, s’agissant des cimetières où tout le monde sera appelé un jour à y résider, à n’en pas douter, sont en principe des actions de bonne grâce que les bons musulmans se disputent. Pris dans la frénésie des plaisirs de la vie l’individu ne pense que rarement au trépas et quand il lui arrive de se donner bonne conscience en allant se recueillir devant la tombe d’un proche, il oublie vite que les morts, eux aussi, ont besoin de respect et d’attention.

Paix aux âmes qui reposent dans les cimetières et qui n’ont pas le pouvoir de contester les conditions de leur séjour éternel afin que leurs proches puissent communier avec elles dans la sérénité. Car les vivants ne semblent pas prêts à réhabiliter les nécropoles.

Saïd Mouas

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