
L’installation de bacs à or dures devant le préau de l’une des plus prestigieuses salles de cinéma d’Oran, une insulte à la culture et au civisme. Sacrifiée sur l’autel du vide culturel, la mythique salle de spectacle « Marhaba », (ex Escurial), angle du boulevard Larbi Ben M’hidi et Emir Abdelkader, est à l’abandon depuis des décennies.
Dans une insolente indifférence des uns et des autres, cette salle de spectacle, au même titre qu’une cinquantaine d’autres environ, nimbées de prestige, essaimées à travers la ville d’Oran, et victimes de l’esprit béotien, demeurent livrées à la décrépitude urbaine. L’état de déliquescence à l’extrême du cinéma «Marhaba» n’est en fait que l’arbre qui cache la forêt de l’ensemble du sujet.
L’odorat du passant à hauteur de cette salle de spectacle est agressé par une odeur fade et écoeurante évoquant une lente décomposition. Son préau se transforme à la tombée du soir, en sus des amas de sachets d’ordures déposés près des bacs, en lieu de beuverie pour les marginaux. « En Toute vraisemblance, ils s’en tamponnent fort civilement le coquillard du piteux état de salle de spectacle « Marhaba » qui ne cesse de dépérir au fil du temps autant que les autres d’Oran, dont certaines ont complètement disparues sous les décombres tandis que d’autres ont été reconverti vulgairement en un lieu de commerce » ont fait remarquer des riverains sur un ton acide, domiciliés dans les alentours immédiats dudit cinéma, qui abrite désormais, inanité de la chimère, des meutes de rats.
« Fort malheureusement, cet indésirable état de fait ne semble à priori pas prêt de susciter une action, qui devrait être menée, ne serait-ce que par acquit de conscience et ce, pour tenter ainsi de sauver ce qui reste des meubles. Nous avons un pincement au coeur en constatant la déperdition de ces nombreuses salles de cinéma, joyaux culturels d’Oran, qui faisaient, dans un passé récent, le bonheur des amoureux du 7 art. Nos enfants au même titre que toute une génération ignorent le grand écran » a fait remarquer un architecte à retraite demeurant boulevard Emir Abdelkader, à quelques pas de la salle de spectacle en question. Des déclarations analogues encore plus lourdes de sens ont été formulées à ce propos par d’autres habitants et commerçants du boulevard Larbi Ben M’hidi.
Rachid Boutlélis


