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Baptisation des rues, places et édifices publics à Ain Temouchent : Quelle place pour le patrimoine culturel et scientifique ?

Si vous devez envoyer un courrier et respecter à la lettre le nom de l’adresse de votre lieu de résidence à Ain Témouchent, vous risquez sans le vouloir de tomber dans la superfluité. Et pour cause, l’intitulé sur l’enveloppe peut ressembler à ceci : «Monsieur X, 100 Rue du chahid Ammour Ahmed – 1926- 1957- Ain Témouchent (46.000) » ou encore «Ecole du Moudjahid décédé Ahmed Bouchaib 1918-2012 Ain Témouchent (46.000) »

La qualité de « chahid » et de « moudjahid décédé » semble à notre sens de trop pour la bonne et simple raison que les dates de naissance et de décès suffisent à distinguer entre le martyr, disparu à l’évidence avant 1962 et le Moudjahid qui a survécu après cette date.
Toutes les plaques de la cité, fabriquées sous l’ère de l’ancienne APC pour la bagatelle de plus de 300 millions de centimes, portent le même sceau.
Une des plus récente, collée au fronton du complexe sportif de proximité Reguieg hadj de la cité des castors, a connu un petit couac car les concepteurs se sont mêlés les pinceaux en inscrivant en caractères lumineux « Chahid décédé au lieu de Moudjahid décédé », la rectification est venue après avoir fait jaser les internautes qui se sont gaussés du pléonasme.
Forcément on ne peut qu’être mort et bel et bien enterré si, à Dieu ne plaise, on meurt « chahid ».
En fait c’est à la suite d’une directive du ministère de l’intérieur et des collectivités locales diffusée en 2015, que des commissions techniques composées d’élus et des représentants de l’administration ainsi que de l’organisation des anciens moudjahidine ont été installées peu partout dans le pays.
La Wilaya d’Ain Témouchent a institué la sienne.
La tâche de cette commission consiste à superviser les opérations de baptisation concernant les quartiers, les rues et édifices publics.
Il était donc temps que nos cités retrouvent une identité après des années voire des décennies d’existence sous X. Lotissement 120, 420, Hai Baraka, Cité Tounsi, les 56 logements…
autant d’appellations de substitution imposées par une absence de référentiels et inspirées par le nombre d’unités ou le maitre d’oeuvre, c’està- dire le promoteur du projet qui se voit ainsi, malgré lui, porter par l’Histoire.
Les entrepreneurs ont prêté leur nom à des réalisations pour combler un vide dans le domaine de la réappropriation de la mémoire collective.
Une situation qui, avec le temps, est devenue problématique, tant pour le citoyen qui a un domicile mais un semblant d’adresse que pour les agents d’Algérie- poste qui rencontrent des difficultés dans l’acheminement du courrier.
Comment cette commission s’y prendra- t- elle pour donner aux rues et édifices publics ou nouveaux quartiers une visibilité ? Tout d’abord, sa composante doit au niveau de chaque commune à l’effet de recenser l’ensemble du patrimoine matériel et immatériel pouvant servir à baptiser les espaces et bâtiments publics de la Wilaya.
Un travail qui requiert des compétences, puisque 52 années après l’indépendance presque toute la martyrologie nationale semble épuisée et dorénavant il va falloir consulter des personnalités locales connues pour leur expertise dans les différents domaines des arts et de la culture.

VERS L’ÉLABORATION D’UN RÉPERTOIRE DE CÉLÉBRITÉS ET DES HOMMES DE LA CULTURE

Depuis ces dernières années, aux côtés des chouhada et des anciens moudjahidine, on tente timidement d’inclure des personnalités du monde de l’éducation, des sports et de la politique pour faire partie de la postérité grâce à une rue, une place ou encore une école en reconnaissance de leurs mérites.
Perpétuer le souvenir des hommes et des femmes qui ont marqué de leur empreinte leur passage sur terre, c’est permettre, au nom de l’exemplarité, aux générations montantes de prendre de la graine, comme on dit.
Pour ces nobles raisons, il importe d’effectuer des choix judicieux dans la composante des commissions de baptisation : historiens, hommes de lettres et intellectuels de la cité doivent être associés à cet effort de recherche mémorielle.
L’objectif à terme est d’arriver à élaborer un répertoire des personnalités de la région d’Ain Témouchent et d’y ajouter des noms de penseurs, célébrités et artistes de toutes les disciplines de dimension nationale et mondiale.
Les serviteurs de l’humanité trouveront aussi leur place dans ce répertoire.
Cet aggiornamento pourrait même être élargi aux beautés de la nature quand l’espace physique à baptiser recèle des particularités.
Rue des platanes, cité des jardins ou quartier des Lilas… ont été inspirés par l’environnement immédiat.
Il s’agira donc à travers ces commissions de donner un sens aux valeurs historiques, esthétiques et personnelles qui ont rythmé la vie de la cité tout en n’écartant pas la possibilité de tremper dans l’universalisme en rendant hommage aux grands savants de l’humanité.
Les propositions de noms feront l’objet d’une fiche bio-express expliquant les raisons du choix et il appartiendra à la commission permanente de la Wilaya de trancher après étude.
Ce faisant un fichier informatisé constituera une base de données qui sera mise à jour progressivement et tout APC digne de ce nom aura à coeur d’afficher en son siège une cartographie détaillée de rues, ruelles, places, placettes et édifices publics existants sur son territoire.
Un véritable plan de la ville que tout Maire doit épingler sur le mur de son bureau.
Il va sans dire que les lieux emblématiques de la Cité (Lycées, écoles, Université ou Boulevards) bénéficieront de choix de noms en rapport avec leur importance et la stature de la personnalité proposée dans le domaine qui fut le sien durant sa vie.
Pour la symbolique, il faut que les noms choisis aient quelques affinités avec la vocation de la structure.
En tout état de cause, il existe sûrement des critères objectifs préalablement définis pour baliser le travail des commissions.
Celle d’Ain Témouchent, à en croire les rumeurs qui circulent, semble sous influence puisque les baptisations obéiraient souvent aux liens et amitiés qu’avaient certains proches de l’organisation avec les personnalités décédées.
Est-ce que tous les Martyrs de la Wilaya ont eu droit à une plaque avant de passer aux valeureux moudjahidine ? Et puis sachant qu’il existe un grand nombre de personnes qui jouissent de ce statut souvent controversé comment honorer la mémoire de tout un chacun ? Il convient de revoir les critères et le mode de sélection des algériens qui ont mérité de la Patrie.
Une reconnaissance éternelle vaut son pesant d’or et de sacrifices.
Saïd Mouas  

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