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Colloque à l’université Belhadj Bouchaib de Ain Temouchent : le récit de la décennie noire entre manipulation et défense de l’intérêt national

Le département de la littérature, des langues et des sciences sociales de l’Université Belhadj Bouchaib d’Ain Temouchent conjointement avec le laboratoire moderne de la communication a organisé les 2 et 3 Décembre un colloque national sur une thématique fort instructive sur le rôle de la littérature dans l’appropriation ou la réapropriation des faits qui ont marqué la période sanglante 1990- 2000.

Quinze (15) facultés du pays étaient présentes à ce rendez-vous qui a permis à un auditoire composé essentiellement d’étudiants et d’étudiantes de suivre une quarantaine de communications. D’emblée il faut préciser que la tenue de cette conférence préparée depuis six mois, selon Mr Abdeljalil Mankour le doyen de la faculté des lettres, ne fait pas écho à la polémique qui s’est installée au sein de l’hexagone français sur les prises de position controversées des deux écrivains, Kamel Daoud et Boualem Sansal.

Le hasard du calendrier a fait que l’actualité s’est invitée au débat lui donnant plus de relief. Comment les intellectuels algériens, auteurs et journalistes, ont vécu ou perçu le violent tournant des années 90 et 2000 ? Un douloureux cheminement culturel et politique qui a inspiré nombre d’écrivains et ravivé le discours politique avec souvent de nouvelles expressions littteraires. Littérature d’urgence, littérature de témoignage, guerre des langues entre francisants et arabisants, la décennie noire a bouleversé le champ culturel. Écrire est devenu un acte de résistance pour les uns et un levier idéologique pour les autres afin de servir leurs intérêts personnels.

Le discours islamique et la place de la femme dans la société ont longtemps et jusqu’à l’heure actuelle alimenté les querelles exploitées par les ennemis de l’Algérie pour semer la haine et la division. Les universitaires qui se sont relayés à la tribune ont tenté de déconstruire les approches des adeptes d’une littérature au service d’un discours politique négationniste plus enclin à conforter les thèses de la droite anti musulmane. Nos fleurons de la littérature nationale comme Aissa Djebbar, Tahar Ouettar, Maissa Bey, Tahar Djaout ou Rachid Boudjerra et tant d’autres plumes patriotiques ont restitué, chacun selon son style d’écriture, ce pan tragique de l’Histoire nationale. Il était difficile voire risqué dans le climat de terreur et de guerre civile qui régnait l’époque de publier un ouvrage sur la situation.

Le relatif apaisement intervenu après la concorde civile au milieu des années 2000 a permis à des auteurs connus ou issus de la nouvelle génération d’apporter leurs témoignages à partir de faits réels ou mêlés à la fiction. Mais tous n’ont pas eu la même fortune que les binationaux choyés par les télévisions françaises à l’instar de Sansal ou Kamel Daoud, dont les reniements et contre- vérités ont dépassé le cadre littéraire pour s’aligner sur le discours politique ambiant. Certaines maisons d’édition sont allées jusqu’à commander des sujets concernant la décennie noire. La romancière oranaise Fatiha Bekkai l’a appris à ses dépens elle qui a refusé le chantage d’un éditeur. Dans son roman « Coupables » , l’ancienne ministre de la Justice Leila Aslaoui dont l’époux a été assassiné par des terroristes, alerte sur les dangers de la récupération.

Le récit de la tragédie nationale, dans le contexte présent où les relations politiques internationales sont impactées par les tensions en Palestine, au proche- Orient et dans plusieurs points du globe, est exploité par les ennemis de l’Algérie pour discrediter son action en faveur de la paix et de la légalité internationale. Pas étonnant donc que les projecteurs occidentaux se braquent sur des mercenaires de la plume prêts à vendre leur âme pour une éphémère gloriole quitte à renier leur identité. Pourtant l’Histoire nous a appris que l’engagement patriotique est primordial lorsque l’intérêt supérieur de la nation est en jeu. Sous d’autres cieux écrivains, journalistes et intellectuels ont défendu la cause de leur pays dans les cruciaux moments de l’Histoire.

Said Mouas

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