Santé & Bien-être

Comment la gestion de nos émotions influence la douleur ?

Les personnes atteintes d’alexithymie, un trouble caractérisé par des difficultés à réguler ses émotions, vivent plus intensément la douleur.

Douze millions de personnes souffrent de douleurs chroniques en France. La Haute autorité de santé (HAS) rappelle qu’il s’agit d’une douleur persistante pendant plus de trois mois. Chez certaines personnes, elles peut être plus difficile à vivre. Des chercheurs de l’université américaine Johns Hopkins Medicine se sont intéressés à la gestion de cette douleur par les personnes atteintes d’alexithymie. Ce trouble provoque des difficultés à reconnaître et à exprimer les émotions. Dans la revue Health Psychology, ils ont cherché à comprendre son impact sur les douleurs chroniques. 

Alexithymie : quels liens entre la douleur et la gestion des émotions ?

« Lorsque l’alexithymie, un trait subclinique, est élevée chez les patients souffrant de douleurs chroniques, ces derniers présentent une douleur plus intense, des limitations fonctionnelles accrues, ainsi que des symptômes de dépression et d’anxiété », expliquent les auteurs. Pendant deux ans, ils ont suivi près de 1.500 patients atteints de douleurs chroniques, dont ils ont évalué l’alexithymie potentielle. Les chercheurs ont testé si, pour chaque personne, les difficultés émotionnelles avaient un impact sur l’évolution de la douleur. 

« Les patients présentant des niveaux d’alexithymie plus élevés au début de l’étude développaient une détresse psychologique plus importante un an plus tard, observent les scientifiques. Il a également été constaté qu’une détresse accrue prédisait une plus grande interférence de la douleur deux ans plus tard, ce qui signifie que la douleur avait un impact plus important sur le fonctionnement quotidien et la qualité de vie. » Ils précisent que les difficultés de traitement émotionnel sont un facteur de risque, et non pas une conséquence, de l’aggravation de la douleur.

Prendre en compte la gestion des émotions dans la prise en charge

« Des difficultés accrues à identifier ses propres sentiments peuvent entraîner une augmentation des symptômes de détresse psychologique, notamment des symptômes de dépression et d’anxiété, développe Rachel Aaron, professeure agrégée de médecine physique et de réadaptation et autrice principale de l’étude. Cela peut, à son tour, rendre la gestion de la douleur chronique plus difficile. »

Selon cette spécialiste, ces résultats montrent l’importance de prendre en compte l’alexithymie dans le traitement psychologique de la douleur chronique. Ainsi, la détresse psychologique pourrait devenir une cible thérapeutique chez les personnes ayant des difficultés à exprimer leurs émotions. « La prise en charge de la détresse psychologique peut être l’un des moyens les plus efficaces d’améliorer les résultats à long terme », concluent-ils.

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