Oran, mardi 30 septembre. Dans les ruelles étroites du quartier de M’dina Jdida, habituellement animées par les va-et-vient des clients, les bijouteries scintillent toujours… Mais leurs vitrines dorées n’attirent plus que des regards furtifs.
Le gramme d’or, affiché entre 23.000 et 26.000 dinars, est devenu un luxe inaccessible pour la majorité des familles oranaises.
« Depuis des semaines, on ne vend presque rien », confie Benali, bijoutier depuis vingt ans, en repositionnant un collier resté invendu. « Les gens viennent, demandent le prix, et repartent aussitôt. Certains plaisantent même : “C’est plus cher que ma voiture !” ».
L’or atteint des sommets sur les marchés internationaux (3.770 dollars l’once) mais à El Bahia, la flambée se traduit par un paradoxe cruel : les habitants vendent plus qu’ils n’achètent.
Dans une petite boutique du centre-ville, une femme d’une cinquantaine d’années glisse discrètement une paire de boucles d’oreilles au joaillier. « C’était pour ma fille, mais je dois régler une partie du logement AADL », souffle-t-elle.
Le commerçant lui propose 17.000 dinars le gramme, bien en dessous du prix de vente affiché. Elle hésite, soupire, puis accepte. Ce type de scène est devenu quotidien.
« Avant, les familles économisaient pour acheter un bijou à offrir lors d’un mariage. Aujourd’hui, elles viennent pour liquider leurs bijoux », explique Ahmed, bijoutier installé à Akid Lotfi.
Dans une ville réputée pour ses mariages fastueux, la flambée du métal jaune bouleverse les habitudes. « Il y a quelques années, un futur mari offrait une parure de 50 grammes. Aujourd’hui, les familles se contentent de 15 à 20 grammes, parfois même moins », témoigne une cliente rencontrée près au boulevard Millénium.
Les joailliers proposent désormais des modèles plus fins, « accessibles » – du moins en apparence. Mais même un simple bracelet coûte souvent très cher.
Le constat est unanime : le commerce tourne au ralenti. « On survit grâce aux rachats, mais côté ventes, c’est mort », lâche un artisan de la rue Larbi Ben M’hidi.
Selon lui, la clientèle émigrée, qui d’ordinaire redonne vie au marché en été, n’a pas été au rendez-vous cette année. « Les Algériens de France ou d’Espagne le trouvent déjà cher, mais là, ils sont eux aussi découragés. »
Sur les réseaux sociaux, les vidéos de bijoutiers oranais montrant des échoppes vides se multiplient. L’une d’elles montre un commerçant filmant sa vitrine déserte : « Pas d’achats, pas de ventes. L’or est devenu un rêve. »
La flambée mondiale profite aux investisseurs, mais elle coupe l’accès au métal précieux pour les ménages algériens.
Dans les rues d’Oran, beaucoup en viennent à ironiser : « L’or est plus stable que l’immobilier, mais on n’a même plus les moyens d’acheter un gramme. »
Ilyès N.


