
La ville d’Oran a vécu, jeudi dernier, une journée critique. Un épisode intense de vents de sable a transformé le ciel en un épais voile ocre, provoquant un pic d’hospitalisations d’urgence, particulièrement parmi les personnes asthmatiques. Les services d’urgence des hôpitaux de la ville ont été submergés par l’afflux de patients en détresse respiratoire, avec des conséquences sanitaires de ce phénomène météorologique de plus en plus fréquent.
Dès les premières heures de la journée, les centres hospitaliers ont constaté une augmentation rapide des admissions. « Nous avons vu arriver des patients, notamment des enfants et des personnes âgées asthmatiques, en état de détresse respiratoire aiguë. L’air chargé de particules fines agit comme un irritant puissant sur les bronches », a témoigné un médecin urgentiste, alors que les couloirs des services de pneumologie ne désemplissaient pas.
Cette crise n’est malheureusement pas un incident isolé. À l’instar de nombreuses villes algériennes, Oran est régulièrement recouverte par ces tempêtes de sable, qui transforment son air en un cocktail irrespirable et menacent durablement la santé publique.
Pour comprendre l’origine de ce phénomène étouffant, nous nous sommes tournés vers le Dr Zinoubi, climatologue à l’Université d’Oran. « Les vents de sable, ou « haboobs », qui affectent Oran sont principalement générés par le Sirocco, un vent chaud et sec en provenance du Sahara », détaille l’expert.
« Il se produit lorsque de fortes rafales soulèvent d’énormes quantités de particules fines de sable et de poussière depuis des surfaces sèches et érodées. Ces particules sont ensuite transportées sur des centaines de kilomètres par les courants atmosphériques. L’intensité et la fréquence de ces épisodes semblent exacerbées par la désertification et la hausse des températures liées au changement climatique, qui assèchent davantage les sols et les rendent plus vulnérables à l’érosion éolienne ».
Face à cette recrudescence, la seule réponse est de recommander aux habitants de se calfeutrer. La solution est fondamentalement préventive.
M. Berrahou, expert forestier, défend une approche basée sur l’écosystème. « Les solutions face au vent de sable incluent la restauration de la végétation par la plantation d’arbres, l’agroforesterie et la gestion durable des terres, des pratiques qui stabilisent les sols et réduisent l’érosion », explique-t-il.
Concrètement, cela se traduit par le renforcement des ceintures vertes autour de la ville et la promotion de pratiques agricoles qui préservent le couvert végétal. « Les arbres et les buissons agissent comme un brise-vent naturel et leurs racines fixent le sol, empêchant le sable de se soulever. Chaque hectare restauré est une barrière supplémentaire contre l’avancée du désert. »
Alors qu’Oran retient son souffle à chaque nouvelle alerte, le travail de fond pour lui redonner de l’air, mobilise scientifiques et forestiers. Leur credo est simple : pour lutter contre le sable du désert, il faut faire pousser des arbres tous azimuts.
Une course contre la montre où l’enjeu n’est autre que la santé de toute une population.
Ilyès. N


