
A Oran, beaucoup de patients se plaignent de la cherté des actes médicaux prodigués dans les cliniques privées et des faibles remboursements par la sécurité sociale qui se réfère à une vieille nomenclature complètement dépassée.
C’est le cas d’un patient qui s’est vu facturer, il y a quelques jours, une opération chirurgicale à 800.000 dinars dans une clinique privée.
Un tarif pour lequel il ne pourra se faire rembourser qu’une somme dérisoire, selon la nomenclature prévue par la loi.
En théorie, un patient ne paie pas plus cher s’il est hospitalisé dans une clinique privée ou s’il est pris en charge à l’hôpital public du moment où la CNAS ou la CASNOS prennent en charge les frais d’hospitalisation exactement de la même manière.
Et dans beaucoup de cas, l’assuré ou l’ayant-droit est remboursé à 80%.
Et ceux qui ont la chance d’avoir une mutuelle, cette dernière rembourse les 20% restants, ce qui amène le taux de remboursement théorique à 100%.
Sauf que dans la pratique, la facture est beaucoup plus salée dans les cliniques privées, où les honoraires n’ont pas de limites.
La CNAS rembourse les consultations et autres prestations médicales selon une vielle nomenclature prévue dans la loi datant des années 1980.
Selon cette loi, le tarif remboursé dans le cadre d’une convention contractuelle entre les praticiens et la CNAS est de 600 DA pour une consultation chez un généraliste et à 1.200 DA pour une visite chez un spécialiste.
Cette nomenclature est, ainsi, en total déphasage avec les tarifs pratiqués réellement.
«Si les médecins du secteur privé ont le droit de fixer librement leurs tarifs, ils ont, en revanche, l’obligation légale et éthique de déclarer la totalité des honoraires qu’ils pratiquent. Or, les déclarations des prestations tarifées sur les feuilles de maladies, qui constituent la base du remboursement des assurés sociaux sont largement inférieures à la réalité. Et cela concerne principalement les médecins des cliniques privées ou ceux exerçant dans des cabinets», déplore un patient.
L’absence d’une grille officielle de tarification des actes, qui baliserait les honoraires des cliniques et des médecins, a favorisé l’explosion des tarifs et leur déphasage avec la nomenclature des organismes assureurs.
«La principale revendication des cliniques est la généralisation du conventionnement avec les caisses de Sécurité sociale, ce qui permettra un élargissement du marché pour ces prestataires de soins. Si cette revendication aboutit, les cliniques s’aligneront sur la grille officielle de tarification qui sera mise en place. Toutefois, la pratique des dépassements d’honoraires n’est pas à exclure dans le cas où les tarifs fixés par la Sécurité sociale seraient en deçà des attentes des cliniques et des médecins», estime un gérant d’une clinique privée qui a préféré requérir l’anonymat.
Il est ainsi urgent de régler structurellement la question de l’explosion des dépenses de santé, qui ne cessent de saigner les ménages à revenus modestes.
L’explosion des coûts des soins qui ne semble pas près de s’arrêter et la réduction de la liste des médicaments remboursables appellent à réformer l’assurance maladie au même titre que toute la matrice du financement du système de santé publique.
Basé sur deux caisses étatiques (CNAS et CASNOS), le modèle actuel de financement doit absolument être réformé.
Les modestes citoyens payeurs de cotisations se plaignent d’alimenter un système qui ne leur rend pas assez de justice sociale.
La part des dépenses de santé non remboursées ne cesse d’exploser.
Une situation qui produit des effets catastrophiques sur les familles, les plongeant dans la pauvreté.
En attendant le projet de mise en place d’une nouvelle tarification de remboursement des consultations médicales, la réforme doit permettre aux familles, confrontées à la maladie de l’un de leurs membres, de ne plus être obligées d’engloutir leurs économies ou d’emprunter de l’argent, au risque de sombrer dans la pauvreté, comme c’est encore trop souvent le cas.
Ilyes. N


