
Né le 18 mars 1918 au cœur de la Casbah d’Alger, il voue toute son existence à ce quartier emblématique qu’il célèbre avec une passion sans limite. « Ma Casbah », écrivait-il avec une émotion profonde, faisant de cette cité millénaire bien plus qu’un décor : une source d’inspiration, un refuge et une raison de vivre.
Artiste aux multiples talents, Momo était à la fois acteur, dramaturge, écrivain, poète, philosophe et homme de culture. Son parcours étonne aussi par un exploit sportif méconnu : en 1956, il établit à Paris un record du monde de plongée en apnée, révélant une personnalité audacieuse, toujours en quête de dépassement de soi.
Mais c’est surtout par son œuvre intellectuelle et artistique qu’il s’impose comme une figure singulière. En pleine guerre de Libération, il publie en 1958 « L’Identité suprême », un ouvrage où se croisent philosophie, spiritualité et réflexion sur l’homme. Soufi convaincu, il nourrit sa pensée des traditions musulmane, chrétienne, juive et hindoue, illustrant une ouverture d’esprit rare.
« J’ai appris que la valeur de l’homme ne réside pas dans ce qu’il peut imaginer et créer pour le monde des sens, mais dans sa capacité à laisser pénétrer la lumière dans ce qu’il y a encore d’inconnu en lui », écrivait-il. Une pensée qui résume à elle seule sa quête permanente de sagesse et d’élévation.
Personnalité incontournable de la scène culturelle algéroise, Momo côtoie de grandes figures intellectuelles telles qu’Albert Camus et Roger Garaudy. Habitué de la Cinémathèque d’Alger, il anime les débats avec passion et joue souvent le rôle de médiateur entre les habitants de la Casbah et les autorités. Visionnaire pour les uns, excentrique pour les autres, il demeure avant tout un homme libre, fidèle à ses convictions.
Le cinéma lui offre également une place de choix. Après des apparitions dans « Les Noces de sable » (1948), « Au cœur de la Casbah » (1952) et « Les Plongeurs du désert » (1953), il signe un retour remarqué dans « Tahia ya Didou ! » de Mohamed Zinet en 1971, devenu un classique du cinéma algérien. Il joue ensuite dans « Taxi El Makhfi (Le clandestin) » de Benamar Bakhti, incarnant à chaque rôle une authenticité qui fait de lui bien plus qu’un acteur : un véritable témoin de son époque.
Himoud Brahimi s’éteint à Alger le 30 juin 1997, à l’âge de 79 ans, mais son héritage demeure intact. Ses écrits, ses poèmes et ses interprétations continuent de nourrir la mémoire culturelle algérienne. En 2017, à l’occasion du vingtième anniversaire de sa disparition, proches, amis et admirateurs, aux côtés de sa fille Doudja, lui rendent un vibrant hommage, saluant un homme « modeste », « facétieux » et profondément épris des lettres et des arts.
Plus qu’un artiste, Momo restera l’un des visages les plus authentiques de la Casbah d’Alger, un homme qui a consacré sa vie à défendre la culture, la liberté, la dignité et les valeurs universelles. Son nom demeure intimement lié à l’âme de ce quartier mythique dont il fut, jusqu’à son dernier souffle, l’un des plus fidèles ambassadeurs.
✍️ Benmansour Fadia


