
À Oran, les devantures des magasins se parent souvent de petites affiches imprimées : « Recherche vendeuse », « Urgent : besoin de vendeuse sérieuse ». Dans la cité commerçante Akid Lotfi, cœur battant du commerce oranais, ces annonces se multiplient à vue d’œil.
Boutiques de prêt-à-porter, magasins d’articles pour enfants, parfumeries ou stands de téléphonie : tous semblent en quête de vendeuses. Ce phénomène, qui s’est accentué ces derniers mois, traduit à la fois la vitalité du secteur commercial et les tensions qui traversent le marché du travail féminin.
Derrière cette apparente abondance d’offres, la réalité est bien plus contrastée. Les emplois proposés, souvent non déclarés, s’accompagnent de salaires qui peinent à atteindre le SNMG (salaire minimum garanti). Dans de nombreux cas, les rémunérations mensuelles oscillent entre 15.000 et 18.000 dinars, (et parfois même 8.000 dinars) bien en dessous du seuil légal. À cela s’ajoutent des horaires à rallonge, parfois dix heures par jour, sans congés hebdomadaires réguliers ni couverture sociale.
« On travaille du matin jusqu’à la fermeture, souvent sans pause. Mais si on refuse, le patron trouve vite quelqu’un d’autre », confie Nadia, 24 ans, vendeuse dans une boutique de vêtements à Akid Lotfi. Comme beaucoup de jeunes femmes, elle a accepté ces conditions faute d’alternative : « Trouver un emploi stable dans les petits commerces ici, c’est difficile. Au moins, ça me permet de gagner un peu d’argent. »
Les commerçants, de leur côté, invoquent la difficulté à fidéliser leur personnel. Le turn-over est important : beaucoup de vendeuses quittent leur poste après quelques mois, épuisées par le rythme ou déçues par les conditions salariales. « Les jeunes veulent travailler, mais dès qu’elles trouvent mieux, elles partent. Nous aussi, on subit », admet un gérant de boutique.
Cette précarisation de l’emploi féminin dans le commerce reflète un déséquilibre plus large du marché du travail à Oran. Si les femmes y sont de plus en plus présentes, notamment dans le secteur tertiaire, elles restent les premières touchées par les contrats informels et les bas salaires.
Le travail des vendeuses, pourtant essentiel au dynamisme des commerces de proximité, demeure peu valorisé. Entre besoin d’emploi et exploitation déguisée, le phénomène soulève des questions sociales urgentes. Les associations féminines plaident pour un meilleur encadrement du travail salarié dans le commerce de détail, et l’application stricte des droits sociaux.
En attendant, dans les allées animées d’Akid Lotfi, les affiches « Recherche vendeuse » continuent de fleurir, symboles d’un paradoxe oranais : un marché de l’emploi en effervescence, mais encore trop inégal.
Ilyès N


