Dans une nouvelle étude, ces derniers ont voulu savoir s’il existait un moyen de prédire la réponse aux antidépresseurs. Pour cela, l’équipe a analysé des échantillons sanguins prélevés chez des adultes atteints de trouble dépressif majeur avant le début de leur traitement antidépresseur. Ensuite, elle s’est intéressée aux niveaux d’ARN circulaires (circRNA). Il s’agit « d’ARN non codants très stables et abondants dans le cerveau, principalement issus de l’épissage inverse et de la liaison covalente des exons et des introns des gènes codant pour des protéines », ont expliqué les auteurs. Ils sont connus pour leur rôle important dans le développement et le fonctionnement du cerveau, leur capacité à traverser la barrière hémato-encéphalique et leur grande sensibilité aux variations de l’activité synaptique et de la signalisation des récepteurs neuronaux.
Après avoir mesuré les taux de CDR1as dans le sang de patients dépressifs grâce à une technique de laboratoire spécialisée permettant d’amplifier et de détecter le matériel génétique sanguin, les chercheurs ont comparé les taux observés chez les volontaires ayant bien répondu à un traitement par sertraline, un inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine largement prescrit, à ceux des participants dont les symptômes ne s’étaient pas améliorés après la prise de ce médicament. Selon les résultats, publiés dans la revue Molecular Psychiatry, l’expression du circRNA CDR1as, enrichi dans le cerveau, est associée à la réponse symptomatique au traitement par inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine et régulée par l’activité des récepteurs de la sérotonine et du facteur neurotrophique dérivé du cerveau.
Une rémission à long terme
Les analyses ont montré qu’avant le traitement, l’expression de CDR1as différait entre les patients qui répondront et ceux qui ne répondront pas au traitement par sertraline. Par la suite, l’équipe a aussi constaté que les taux de CDR1as étaient modifiés après un traitement par sertraline chez les « patients répondeurs ». Cette évolution post-traitement est associée à une rémission à long terme. « De plus, nous montrons que les taux de CDR1as dans le sang permettent de prédire spécifiquement la rémission sous traitement par inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine, mais pas la réponse/rémission sous placebo ou bupropion. »
Les auteurs espèrent que ces données pourraient contribuer à l’élaboration de nouveaux protocoles visant à prédire la réponse des personnes aux antidépresseurs et à sélectionner le traitement le plus adapté. Ces procédures permettraient d’éviter aux patients de longs et pénibles essais thérapeutiques avant que leurs symptômes ne s’améliorent, accélérant ainsi leur rétablissement après un épisode dépressif majeur.