
La ville d’Oran est en train de perdre petit à petit les hauts lieux du savoir que sont les librairies. C’est le constat que peut faire n’importe quel féru de lecture qui arpente les rues de la ville à la recherche d’un livre sur les étals d’une librairie.
Toutes celles qui ornaient le centre-ville ont fermé mis à part celle du Boulevard Charlemagne qui fait encore de la résistance et qui tente de survivre dans un environnement devenu de plus en plus hostile. Certains locaux ont changé de vocation d’autres ont baissé rideau pour livrer leurs murs à l’usure du temps et aux actes de clochardisation. Dans ma quête d’un roman de Mouloud Mameri, que m’avait demandé un ami d’Alger, croyant qu’il était disponible à Oran, j’ai arpenté les rues de la ville à la recherche d’une librairie encore ouverte sans résultat. Même celles qui faisaient la fierté de la ville ont cédé, emportées par les temps difficiles que connait le domaine du livre et de l’édition.
« On ne vend plus, le problème ce n’est pas l’intrusion de l’Internet et du libre accès aux livres via les bibliothèques gratuites. Non le mal est plus profond et aujourd’hui gérer une librairie ne fait plus vivre son homme », dira un bouquiniste de la place Kahina ex-Jeanne d’Arc.
Même lui affirme qu’il s’apprête à mettre la clé sous le paillasson, le temps du livre est révolu, maintenant les lecteurs ont d’autres moyens pour s’adonner à leur plaisir. Feuilleter un roman, tourner ses pages se fait aujourd’hui au gré du clic d’une souris. C’est malheureux, la clientèle se fait rare. On vient de temps à autre me demander un livre, mais sinon je reste à compter les mouches durant toute la journée à attendre la visite d’un client », dira-t-il.
Au niveau de la librairie du Boulevard Charlemagne, c’est le même constat fait avec amertume.
« On continue d’ouvrir par amour pour le métier et par respect aux clients qui nous sont restés fidèles. Les temps sont durs aujourd’hui. L’avenir des librairies est compromis et le problème ne vient pas uniquement de la clientèle. Il trouve son origine également dans la situation difficile que vit le monde de l’édition. Combien d’œuvres sont éditées chaque année ? Très peu dira-t-il avec une pointe d’amertume. Aujourd’hui, le monde du « Fast-food » a décidé de s’emparer de tous les espaces de la ville. Le livre recule devant « le tacos », « la pizza carré » ou « la chawarma ».
C’est un constat amer mais que nous devons établir pour au moins sensibiliser ceux qui détiennent les clés des potentielles solutions aux nombreux problèmes que vit l’industrie du livre.
Nos parlementaires, devraient, dans un effort de donner une rasade d’espoir aux libraires, voter une loi qui interdirait la fermeture des librairies et des bibliothèques. Et là aussi, cette loi serait difficile à mettre en œuvre tant les intervenants dans ce secteur sont nombreux.
Nassim B


