
Sommes-nous responsables de la haine, de la violence et des massacres dans le monde ? Comment accepter la dépossession d’un peuple de sa terre sans réagir face à cette iniquité ?
Des voix ont porté haut et fort ce cri des entrailles pour dénoncer l’oppression, la sujétion et la férocité, mais sans résultat probant ! C’est la thématique de la responsabilité morale que Yasmina Khadra explore dans son récent ouvrage, à l’intitulé éloquent Le Prieur de Bethléem.
Paru aux éditions Casbah, ce livre, d’une grande consonance et d’une forte charge émotionnelle, rappelle avec acuité la tragédie de la Palestine, cette blessure des Arabes qui ne cesse de se raviver au fil des ans, suite au silence tacite et complice de la communauté internationale. La Palestine millénaire, où coexistaient les trois religions monothéistes, est meurtrie, exsangue et à bout de souffle. Cette terre, tout de feu et de sang, reste gorgée d’espoir d’un lendemain meilleur.
L’écrivain à l’imaginaire débordant et à la sensibilité exacerbée plante son décor en Palestine pour sensibiliser l’opinion publique internationale face à son mutisme sidérant. Le Prieur de Bethléem est l’histoire du kidnapping d’un éditeur parisien par un moine palestinien, natif de Bethléem, dont le manuscrit non lu a été refusé.
S’ensuit un dialogue entre cet éditeur et ce moine, qui lui lit son texte pour qu’il comprenne la détresse et le désarroi de ce vaillant peuple palestinien. Il lui raconte l’histoire dramatique de son pays, pris dans les rets de la violence et de la barbarie, afin d’interpeller le monde. Les exactions, les souffrances, la vulnérabilité des enfants et la précarité de la vie sont décrites avec une cuisante réalité.
Ce texte poignant, jalonné de morts, d’injustices et de domination dans cette partie du Moyen- Orient, vit la géhenne depuis la Nakba en 1948. Mais au-delà de ces inégalités et de cet asservissement, il y a une lueur d’espoir. De cette écriture empreinte d’émotions suintent de la tristesse, de la compassion et de la colère, qui donnent le ton à beaucoup d’authenticité et de vérités. Cette intéressante narration aborde les fractures du Moyen-Orient qui perdurent.
Dans certains chapitres, le propos est dur, violent et bouleversant. Yasmina Khadra nous offre un roman puissant, d’une grande profondeur d’analyse. Il livre un message d’humanité qui met en relief cette indifférence aux drames humains, dont celui de la Palestine qui prend de l’ampleur. C’est aussi une fresque de la coexistence, symbolisée par le personnage principal Wahid, Palestinien musulman par son père, chrétien par sa mère et dont le mentor est juif.
Ce passionnant roman, Le Prieur de Bethléem, est d’un engagement sans faille qui rappelle la célèbre trilogie de Yasmina Khadra. Ce récit est d’une écriture comme un sacerdoce, qui invite à réfléchir et à dénoncer ces crimes et drames humains. De tous temps, des voix ont porté haut et fort ce cri des entrailles pour dénoncer cette oppression, cette sujétion et cette barbarie, à l’image de chanteurs et de poètes comme Mahmoud Darwish, qui dit : «Sur cette terre, il y a ce qui mérite vie : la peur qu’inspire le souvenir des conquérants. Sur cette terre, il y a ce qui mérite vie… des mères debout sur un filet de flûte et la peur qu’inspirent les chansons aux tyrans… On l’appelait Palestine. On l’appelle désormais Palestine».
Cette narration, quelque peu mortifère aux relents philosophiques très pertinents, est pathétique pour évoquer la réalité du conflit israélopalestinien. Ce roman touchant, disponible à la librairie du Tiersmonde à Alger, est un incessant appel à tous les férus de justice et de liberté,à savoir tous ceux dont la conscience interpelle et qui ne peuvent rester insensibles à tant de férocité et de déshumanité!


