Symbole d’un passé riche et d’une architecture remarquable, les arènes d’Eckmühl d’Oran incarnent l’histoire fascinante d’une ville où se mêlent héritage culturel et défis de préservation.
Cet édifice emblématique, longtemps négligé, témoigne de l’influence espagnole dans la région tout en interrogeant sur l’importance de sauvegarder le patrimoine historique. Situées au cœur d’une ville foisonnante d’histoires, les arènes d’Oran sont un joyau unique, chargé d’une mémoire collective.
Construites pour la première fois en 1890 en bois, elles furent détruites par un incendie avant d’être reconstruites en pierre en 1908 et inaugurées en 1910. Avec une superficie de 4 800 m² et un diamètre de 210 mètres, elles pouvaient accueillir jusqu’à 10 000 spectateurs. Leur architecture circulaire, inspirée des amphithéâtres grecs, exploitait les propriétés acoustiques du calcaire pour garantir une diffusion sonore optimale, même dans les gradins les plus éloignés.
Les arènes d’Oran ne se limitent pas à leur beauté architecturale : elles ont été le théâtre de nombreux événements marquants. Initialement destinées aux corridas, elles ont vu défiler des matadors renommés tels que Luis Miguel Dominguín et Domingo López Origa. Après une interruption due à la guerre d’Espagne en 1936, ces spectacles taurins reprirent en 1954.
Outre les corridas, les arènes ont accueilli des combats de boxe, de catch, des matchs de football et des spectacles artistiques, comme le célèbre « Holiday on Ice ». Des figures de renom y ont brillé, notamment les boxeurs Lahouari Godih et Hocine Khalfi, ainsi que des catcheurs comme Jacques Durcez, alias « le Bourreau de Béthune », et Francisco Pino, surnommé « l’Ange Blanc ». Les nuits oranaises furent également animées par des concerts prestigieux, tels que ceux du groupe américain The Platters ou du Quintette de jazz, marquant ainsi l’âge d’or des arènes.
Dans les années 1950, sous l’administration coloniale française, la famille Rognon racheta les arènes et y ajouta un étage pour augmenter leur capacité d’accueil, rendant les spectacles accessibles aux classes populaires. Toutefois, l’utilisation de béton pour cet agrandissement affaiblit la structure originale en pierre.
À partir des années 1990, les arènes tombèrent à l’abandon, se dégradant au point de devenir un refuge pour les sans-abris. En 2008, elles furent récupérées par la wilaya d’Oran, puis partiellement rénovées en 2018 grâce à un budget de près de 3 millions de dinars. Ces travaux, bien que modestes, ont permis de nettoyer et d’aménager partiellement le site pour un usage provisoire.
Malgré ces efforts, les arènes restent le témoin d’un patrimoine sous-exploité, à l’instar de nombreux autres monuments historiques d’Oran. Leur réhabilitation complète demeure un enjeu crucial pour préserver l’héritage culturel et historique de la ville.
Aujourd’hui, les arènes d’Oran sont une invitation à redécouvrir un pan de l’histoire oranaise. Leur mise en valeur pourrait contribuer à raviver la mémoire collective et à offrir aux générations futures un lieu chargé de symboles et d’émotions.
Rédaction Web


