
Depuis plus de quinze jours, les commerçants d’Oran, notamment ceux de M’dina Jdida, et les grossistes de l’avenue de Mascara et de Boulanger sont en mode Yennayer.
Fruits secs, frais, blé et légumes secs du terroir meublent en abondance les étals et impriment à l’environnement un air tout à fait printanier, malgré le froid.
Passés maîtres dans l’art de vendre l’invendable, les commerçants de M’dina Jdida, qui se frottent, avec raison, les mains, ont décoré leurs étals avec tout l’art exigé par cette fête exceptionnellement algérienne.
Des monticules de «m’khallat », mélange d’amandes, de cacahuètes, de noix et de noisettes, de figues sèches, de chocolats, se rencontrent à chaque coin de rue, aiguisant l’appétit des enfants et agressant les porte-monnaie des parents.
Un Yennayer moyen peut se négocier autour des 15.000 DA, sans le poulet dont les prix n’ont pas observé de répit, depuis la fête du Mouharram.
La célébration de Yennayer est une occasion pour les consommateurs de découvrir les nouveaux prix.
Dans les hypermarchés, dans les superettes’ de quartier ou dans les commerces de détail, ils flambent.
Noisette au prix «promotionnel» de 4.400 dinars le kilo, pistache à 3.800 DA/kg, figue sèche importées à 1.700 DA/kg.
La figue locale est cédée à 1.100 DA.
Les fruits secs sont hors de prix pour la quasi-totalité des consommateurs et seuls les plus nantis peuvent se réjouir de ce début d’année amazigh.
La liste des produits, touchés par les hausses spectaculaires, s’allonge pour concerner les chocolats et autres confiseries.
La tablette deMilka, qui coûtait, il y a quelques mois entre 130 et 150 DA, est proposée, entre 240 et 260 DA.
«Pour la Milka’ noisette, très prisée par les consommateurs, le prix peut aller jusqu’à 300 DA.
Le problème est que la hausse des prix du chocolat importé s’est répercutée négativement sur les prix des chocolats produits localement.
Certaines marques ont augmenté leurs prix de 20%, ces derniers jours.
Malgré la cherté des produits, riches ou pauvres, s’accordent pour vivre totalement cette fête au cachet très familial.
Ville ouverte et cosmopolite, Oran vit Yennayer, selon différentes traditions, rurales ou urbaines, du vaste Ouest.
Si les Oranais de souche ne s’inventent pas d’autres vécus que ceux légués par leurs parents citadins, à savoir un simple bon dîner au poulet, agrémenté de tous les fruits frais et secs proposés par le marché, les habitants d’Oran, originaires des régions intérieures du pays, notamment de Tiaret, Relizane, Tlemcen, préservent le cachet agricole, ils la reçoivent avec tout le respect exigé par le cordon ombilical, lié au travail de la terre.
Si les mères de famille ne s’obligent plus au grand ménage de leurs aïeules et encore moins à récolter toutes sortes d’herbes pour les faire sécher sur les toits, elles sont intraitables sur la manière de préparer le cherchem, savoureux platfait du mélange de blé dur, de fèves, de pois chiches, de fayots, etc.
«De la richesse du cherchem dépend la richesse de l’année agricole », croient-elles.
Elles le sont, également, quant au dîner, fait de poulet de ferme agrémenté de tous les légumes frais qu’on trouve sur le marché.
Le henné pour les petits est également obligatoire.
Après le copieux dîner consommé en famille – s’il y’a des invités, c’est de bonne augure- on se met à la distribution des fruits secs et frais et de confiseries qu’on aura, au préalable, mélangés dans un grand couffin traditionnel.
Le partage doit être équitable.
On garde, également, les parts des absents, outre une part qu’on réserve «aux occupants invisibles de l’habitat».
Aucune mère de famille, originaire de l’intérieur du pays, ne passe outre cette obligation, de peur d’agresser «hadhouk ennas»(comprendre le djinns).
En gros, et selon les traditions de l’Ouest, Yennayer, appelé, également, «3am el Arab», dans certaines localités de l’Ouest, est fêté avec une étroite pensée pour tout ce qui est en relation avec le travail et les richesses de la terre.


