
Sing Sing est un film qui sonne vrai. Et pour cause. Ce drame carcéral américain épouse par moments les codes du documentaire, afin d’insister sur ce qui est authentique : l’essentiel de sa distribution est composé d’ex-détenus ayant participé au programme de théâtre RTA (Rehabilitation Through the Arts), alors qu’ils étaient incarcérés à la célèbre prison de Sing Sing, dans l’État de New York.
Le film de Greg Kwedar, coscénarisé avec son habituel collaborateur Clint Bentley (Transpecos, Jockey), a été inspiré par les parcours de Clarence « Divine Eye » Maclin, qui joue son propre rôle, et de John Whitfield, alias Divine G, cofondateur du programme RTA, admirablement incarné par Colman Domingo.
Whitfield, qui conteste sa condamnation pour un meurtre qu’il dit ne pas avoir commis, recrute Maclin au moment de monter une nouvelle pièce. Divine G est un auteur publié, vénéré par certains de ses codétenus pour son talent de comédien et d’écrivain. Mais son autorité naturelle dans la troupe est fragilisée par Divine Eye, qui propose de monter – plutôt que la nouvelle pièce dramatique de Whitfield – une comédie, qui prendra la forme d’un mariage loufoque et forcé entre les personnages de Hamlet, Robin des Bois et Freddy Krueger, dans l’Égypte des pharaons…
Entre les répétitions, Whitfield affine son argumentaire en vue d’une possible révision de sa peine et conseille ses codétenus dans la préparation de leurs demandes de libération conditionnelle. Maclin, de son côté, joue son rôle de caïd dans la cour, consumé par une colère qui menace de bousculer l’harmonie de la troupe qu’il vient d’intégrer.

Les tensions entre ces deux hommes aux surnoms semblables, mais aux antipodes l’un de l’autre, sont au cœur de Sing Sing, qui peut faire penser au récent Un triomphe d’Emmanuel Courcol, aussi inspiré de l’histoire vraie d’une troupe de théâtre en prison, avec Kad Merad dans le rôle du metteur en scène. Le film de Greg Kwedar se distingue de drames carcéraux plus connus (The Shawshank Redemption, notamment), en ce sens qu’il flirte avec le réalisme social, sans abandonner les codes habituels du cinéma indépendant américain.
Ce huis clos à la trame toute simple s’intéresse au quotidien des prisonniers, à leurs conditions de détention (les fouilles humiliantes, les consignes très strictes), mais surtout à leur vie intérieure : leurs regrets, leurs remords, leur nostalgie de leur « vie d’avant » et leurs appréhensions vis-à-vis d’une éventuelle remise en liberté.
C’est un film plein d’humanité sur le pouvoir réparateur de l’art et l’échappatoire que peut représenter le théâtre dans la brutale réalité d’un centre de détention à sécurité maximale. C’est aussi une œuvre sur la rivalité et la violence entre ces hommes souvent brisés qui tentent de se reconstruire, ainsi que sur leur solidarité et leur fraternité dans l’adversité.
La musique de Bryce Dessner (guitariste du groupe The National), que l’on a connu plus subtil, peut sembler omniprésente. Greg Kwedar cherche à émouvoir et il arrive à ses fins, dans le dernier tiers et en particulier dans une scène finale très touchante.
Nommé aux Oscars en début d’année pour Rustin, Colman Domingo se surpasse dans ce rôle tout en nuances, qui pourrait lui valoir d’être de nouveau finaliste à la cérémonie de récompenses hollywoodienne. Le jeu brut et menaçant de Clarence Maclin est de son côté remarquable de vérité. Comme ce film sans prétention, qui fait chérir la liberté.


