Culture

Colloque à Alger sur la valeur civilisationnelle des fontaines publiques et de la poterie traditionnelle

Le Musée public national des arts et traditions populaires, en coordination avec le Musée public national des antiquités et des arts islamiques, a organisé, lundi à Alger, un colloque scientifique sur la valeur civilisationnelle des fontaines publiques et des objets en poterie traditionnelle, comme témoins reflétant la profondeur historique et culturelle de la société algérienne.

Les participants à ce colloque, organisé à l’occasion du Mois du patrimoine (18 avril – 18 mai) au siège du Musée public national des antiquités et des arts islamiques, ont estimé que les fontaines publiques historiques et les pièces de poterie « constituent, au delà de leur architecture et leur utilité, un miroir civilisationnel reflétant les modes de vie à travers les époques et mettant en valeur le goût artistique et artisanal de la société algérienne ».

Dans ce cadre, la chercheuse Chouki Yousra, conservatrice du patrimoine au Musée public national des arts et traditions populaires, a abordé le thème des fontaines publiques à travers une communication intitulée « Les inscriptions archéologiques sur les fontaines de la ville d’Alger durant la période ottomane ».

Elle a indiqué que la ville d’Alger se distinguait par la présence d’ouvrages à caractère public, à l’image des fontaines, dont certaines subsistent encore à l’intérieur et à l’extérieur de ses remparts, dans sa banlieue, en plus des vestiges des fontaines disparues représentés par des plaques fondatrices conservées au Musée national des antiquités et des arts islamiques.

L’intervenante a souligné que les fontaines publiques développées et construites durant la période ottomane au XVIe siècle constituent « des infrastructures hydrauliques reflétant l’image et la dynamique de la société algérienne à cette époque, à travers la mémoire préservée dans leurs caractéristiques architecturales et artistiques et les inscriptions fondatrices qu’elles portent, qui témoignent d’une société aux valeurs humaines élevées ».

Mme Chouki a rappelé les noms de certaines de ces fontaines encore existantes aujourd’hui, à l’instar de « Aïn Bir Djebbah », « Aïn Sidi-Ramdane », « Aïn Chabana », « Aïn Sidi Mohamed-Cherif » et « Aïn M’zewqa », tout en soulignant la « disparition de nombreuses autres », en raison de plusieurs facteurs, notamment leur destruction par le colonisateur français.

Concernant le contenu des inscriptions fondatrices accompagnant ces fontaines à Alger durant la période ottomane, celles-ci étaient, selon l’intervenante, « riches » et « consignaient la construction en précisant sa date, souvent avec le nom du fondateur et ses titres, reflétant ainsi les dimensions politiques, religieuses, sociales et économiques de la société algéroise ».

Elle a toutefois précisé que certaines fontaines ne portaient que leur appellation, comme « Aïn Malha », « Aïn Djamaâ Sidi Ramdane », « Aïn Sidi Mohamed-Cherif » et « Aïn S’batt ».

La conférencière a également mis en avant le rôle joué par ces fontaines dans la vie des Algériens, autour desquelles s’organisait une activité socio-économique liée à la vente et à la distribution de l’eau aux habitations, ainsi qu’à la fonction de porteur d’eau (El Guerrab) et d’autres métiers témoignant de « la dynamique d’une société organisée et développée ».

De son côté, la conservatrice principale du patrimoine au Musée public national des arts et traditions populaires, Tounza Nawal, a abordé le thème de la poterie en présentant des modèles issus de la collection du musée, estimant que « la poterie, au delà de son aspect fonctionnel, représentait un pont reliant le patrimoine ancestral à la modernité artistique ».

L’intervenante a indiqué que la continuité de cet artisanat en Algérie confirme « sa grande capacité d’adaptation, ce qui en fait un registre anthropologique inégalé pour lire l’histoire humaine ».

La collection muséale de poteries relevant de ce musée compte, poursuit-elle, « 485 pièces » provenant de différentes régions d’Algérie, réparties entre « poteries rurales » qui en constituent la plus grande partie de la collection et « poteries urbaines ».

Mme Tounza a insisté sur l’ »importance de préserver les objets en poterie à travers les différentes régions du pays » et sur la nécessité pour les familles et les individus de « participer à leur collecte, leur récupération et leur protection », en tant que « partie intégrante de la mémoire collective des Algériens ».

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