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2 septembre 1945: capitulation du Japon et fin de la Seconde Guerre mondiale

En ce dimanche de fin d’été, en baie de Tokyo, le cuirassé étasunien Missouri accueille à son bord des représentants des principales puissances victorieuses et une délégation japonaise. À 09h04 du matin, celle-ci signe un document exclusivement rédigé en anglais. La capitulation annoncée le 15 août précédent par l’empereur Hirohito est reconnue par tous les belligérants. La Seconde Guerre mondiale est désormais officiellement terminée.

La cérémonie a été savamment orchestrée par celui qui, depuis avril 1945, est le commandant en chef des forces armées américaines du Pacifique, terrestres et aériennes. Depuis le 29 août, le général Douglas MacArthur a aussi pour mission d’exercer l’autorité sur le Japon, une charge qu’il conservera jusqu’en 1951. Elle fera de lui, entre autres choses, le principal artisan de la Constitution japonaise de 1946, toujours en vigueur aujourd’hui. À bord du cuirassé Missouri, prennent place des représentants des nations victorieuses, des Australiens, des Néo-Zélandais, des Canadiens, des Soviétiques, des Chinois aussi, pour qui la guerre a représenté 15 millions de morts. Les Français ont missionné le général Leclerc, qui est alors à la tête du Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient et espère débarquer en Indochine, où le jour-même, Ho Chi Minh va proclamer l’indépendance du Vietnam.

Sur le navire, 170 cameramen et reporters ont été conviés pour immortaliser l’événement. Parmi eux, se trouvent quelques représentants de la puissance vaincue, lesquels sont venus sous contrainte. Les autorités étasuniennes souhaitent en effet que la nouvelle soit diffusée dans tout l’archipel. Les faits et gestes des journalistes japonais sont scrutés par les militaires victorieux qui orientent leur travail à leur guise. La cérémonie terminée, des centaines d’avions étasuniens survolent le cuirassé Missouri. Depuis la nuit du 14 au 15 août, ils n’ont plus bombardé le Japon. Pour conclure cette journée, l’ordre général n°1 est émis par le général MacArthur. Il concerne le désarmement immédiat des troupes du pays vaincu, où qu’elles se trouvent. Il y a encore 6 millions de soldats japonais, dont 2,5 millions dans divers endroits du Pacifique. Ceux de l’archipel rentreront chez eux sans incident notable dans les mois à venir. Pour les autres, la procédure sera plus longue. Quelques rares militaires défraieront la chronique en refusant de se rendre bien après la fin du conflit. Les deux derniers « zanryū nipponhei », les « soldats japonais restants », que les Étasuniens préfèrent appeler « stragglers », les « traînards », déposeront les armes en 1974.

L’entrée de l’URSS dans la guerre a plus compté que Hiroshima

En mars 1945, les autorités japonaises ont pris acte du caractère inéluctable de la défaite. Une loi institue alors la création d’unités de défense civile. Ces corps de volontaires voient le jour trois mois plus tard. S’y ajoutent des Corps combattants de citoyens patriotiques : tous les hommes de 15 à 60 ans et toutes les femmes non mariées de 17 à 40 ans sont désormais mobilisables. Depuis octobre 1944, le sacrifice de pilotes kamikazes fait partie des tactiques de l’état-major japonais pour palier à un rapport de force largement défavorable. Il faut pourtant 81 jours de combats terrestres aux forces étasuniennes débarquées le 1er avril 1945 pour parvenir à s’emparer de l’île d’Okinawa, tête de pont d’un futur débarquement sur l’archipel. Des milliers de soldats japonais se suicident, mais des milliers d’autres choisissent de se rendre, pour la première fois dans le conflit. Durant cette bataille, presque 2 000 avions kamikazes ont été utilisés.

https://youtu.be/hOfh66ZBmlE

Devant cette résistance acharnée, Washington s’est engagé dans un vaste programme de bombardements stratégiques. Celui de Tokyo le 10 mars 1945 fait 105 000 morts en quelques heures, trois fois plus que celui de Dresde, qui, moins d’un mois plus tôt, avait pourtant duré trois jours. Soixante-sept villes sont partiellement détruites en quelques mois. Séparé des territoires qu’il occupe, le Japon manque de carburant. Des centaines de complexes industriels sont anéantis, au moins 300 000 civils sont tués, entre 500 000 et 1 million sont blessés, plus de 8 millions sont sans abri. Le 26 juillet, à Potsdam, le président Truman estime donc avoir toutes les cartes en main pour exiger, par un ultimatum, accompagné de ses alliés britanniques et chinois, une capitulation sans conditions, laquelle est assortie d’une menace de « destruction rapide et totale ». Dix jours plus tôt, le premier essai nucléaire de l’Histoire a confirmé que les États-Unis disposent désormais d’une arme aux capacités de destruction sans commune mesure avec tout ce qui a existé jusque-là. Une deuxième bombe, « Little Boy » est déjà en cours d’assemblage sur la base de Tinian, dans les îles Marshall.

L’état-major japonais ne voit aucune nouveauté dans cette menace. Le président Truman, qui ces jours-là pense révéler à un Staline parfaitement informé l’existence de la bombe, n’a pas cru bon de se montrer plus explicite avec le pays auquel elle est destinée. Du reste, la destruction de Hiroshima, le 6 août, n’est pas perçue comme un changement qualitatif par les autorités de l’archipel, qui espèrent encore en la médiation de l’URSS. Au grand dam des nazis en effet, en vertu d’un pacte de neutralité signé en avril 1941, les Japonais se sont bien gardés jusque-là d’apporter le moindre soutien à l’Allemagne contre son principal ennemi. Ils ont même scrupuleusement épargné les convois de livraisons d’armes à destination des Soviétiques qui traversent le Pacifique depuis les États-Unis. Le 9 août, une deuxième bombe s’abat sur Nagasaki. Mais c’est une autre nouvelle qui amène le cabinet de guerre japonais à se réunir ce matin-là. Les dirigeants japonais viennent en effet d’apprendre que la veille, Staline a ordonné une immense offensive en Mandchourie, forte de 1,5 million d’hommes. En trahissant leur accord, le dirigeant de l’URSS a en fait tenu in extremis une autre promesse faite aux Alliés à Casablanca, deux ans plus tôt : il entrerait en guerre contre l’empire japonais dans les trois mois suivant la capitulation allemande.

Les opérations militaires ont cessé dans la nuit du 14 au 15 août

Tout espoir d’obtenir des États-Unis une paix qui préserverait l’archipel de toute occupation étrangère vient de s’envoler. Pire, la menace d’une partition se fait jour et, avec elle, celle qu’une partie du territoire se retrouve sous influence communiste. Pour couronner le tout, un pilote étasunien prisonnier, qui en fait ne sait rien de l’existence de la bombe atomique, a « avoué » fort opportunément, sous la torture, que son pays dispose de cent autres bombes prêtes à être larguées. Dans la nuit du 9 au 10 août, l’empereur Hirohito est consulté par le Premier ministre Suzuki et se prononce pour l’acceptation de l’ultimatum de Potsdam. Tôt le matin, les Alliés sont prévenus que les autorités japonaises se plient à leurs exigences, à condition qu’il n’y ait aucun changement dans la forme du gouvernement et dans les prérogatives de l’empereur. La réponse arrive le 12 août : « L’autorité de l’empereur et du gouvernement japonais à diriger l’État doit être soumise au commandant suprême des forces alliées […]  La forme ultime de gouvernement du Japon doit, conformément à la déclaration de Potsdam, être établie par la volonté librement exprimée du peuple japonais. »

https://youtu.be/abTgMvtWLxw

Le 11 août, le mauvais temps a interrompu les bombardements, une trêve prolongée par un cessez-le-feu ordonné par le président Truman. Ce signe d’apaisement n’ayant eu aucune conséquence tangible dans les négociations, plus de mille appareils sont lancés le 14 août dans le dernier et plus important raid de la guerre du Pacifique, qui se poursuit jusque tard dans la nuit. Il frappe cinq villes japonaises. Le cabinet vient pourtant d’accepter la reddition, ce dont les États-Unis sont informés peu avant trois heures du matin. Le discours impérial est finalisé le 14 août à 19h00 et enregistré à 23h00. Durant les journées qui ont précédé, de jeunes officiers ont préparé un coup d’État, qui échoue dans la nuit du 14 au 15 août. Le lendemain à midi, pour la première fois, les Japonais entendent la voix de leur empereur à la radio. Elle annonce la capitulation, sans que jamais ce mot soit prononcé. « C’est en conformité avec les décrets du temps et du sort, conclut le souverain, que nous avons résolu d’ouvrir la voie à une ère de paix grandiose pour toutes les générations à venir en endurant ce qui ne saurait être enduré et en supportant l’insupportable. »

Dès le 14 août, la nouvelle de la fin de la guerre est arrivée aux États-Unis, où deux jours fériés sont décrétés. L’après-midi et le lendemain sont vécus comme le véritable « V-J Day », « le jour de la victoire contre le Japon », par la population. Au soir du 14 août, près de 2 millions de New-Yorkais descendent dans les rues. C’est dans cette foule que le photographe Alfred Eisnstaedt réalise son célèbre « baiser de Times Square » entre un marin et une infirmière. On sait aujourd’hui que le militaire, dont l’épouse à cet instant se trouvait juste derrière lui, a imposé ce baiser à la jeune femme, qu’il enserre sans la moindre délicatesse sur la photographie. Un autre reporter, Victor Jorgensen, a photographié la même scène sous un autre angle. Si le cadrage en est moins réussi, les intentions, elles, y apparaissent plus clairement. Pour comprendre l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, et déconstruire les innombrables mythes qu’elle a créés, un simple pas de côté peut quelquefois suffire.

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