
La salle Ibn Khaldoun d’Alger a vibré, dans la soirée de jeudi dernier, aux sonorités raffinées de la musique andalouse et du chaâbi lors du concert » De Grenade à Mezghena », animé par Sid Ali Dris. Organisée par l’Établissement Arts et Culture, en collaboration avec la wilaya d’Alger, la soirée a offert au public un véritable voyage musical à travers plusieurs siècles de patrimoine algérien et andalou.
Dans une atmosphère chaleureuse et empreinte de nostalgie, des méloma nes de différentes générations ont renoué avec un répertoire qui continue de traverser le temps sans perdre de sa force évocatrice. À travers l’intitulé même du spectacle, » De Grenade à Mezghena » , l’artiste a proposé une traversée symbolique reliant l’héritage andalou de l’Espagne musulmane à Alger, autrefois appelée Mezghena. Une invitation à redécouvrir les liens historiques, culturels et artistiques qui unissent les deux rives de la Méditerranée et qui se perpétuent à travers les formes musicales héritées de l’Andalousie. Accompagné de musiciens maîtrisant les subtilités des genres interprétés, l’artiste a puisé dans un répertoire riche de pièces emblématiques. Les premières notes d’ » El Chemaâ » ont immédiatement installé une ambiance empreinte d’émotion et de recueillement. Les spectateurs ont ensuite été transportés par la finesse mélodique de » Mekhmour El Zine Wel Bha » et par les accents poétiques de » Ya Racha El Fettane » , l’une des pièces les plus appréciées du patrimoine hawzi. Tout au long de la soirée, Sid Ali Dris a démontré sa maîtrise des différents registres de la musique traditionnelle algérienne. Les interprétations de « Cheddou Ghazalkoum » et de » Ya Nas Djarat Li El Gharayeb » ont suscité de nombreuses réactions dans la salle où plusieurs spectateurs reprenaient discrètement les paroles connues de ces classiques. La qualité de l’interprétation vocale et le respect des canons esthétiques de ces genres ont été salués par un public particulièrement attentif. Le concert a également été marqué par l’exécution de pièces spirituelles et contemplatives telles que « Ya Bahr El Kamali » qui ont rappelé la profondeur poétique et philosophique du patrimoine musical andalou. Ces oeuvres, transmises de génération en génération, témoignent de la richesse culturelle d’un héritage qui demeure vivant grâce au travail d’artistes attachés à sa préservation et à sa transmission. L’assistance a également apprécié des titres comme « Qoum Tara » et « Ya Assafi Ala Ma Mada » qui évoquent l’amour, le souvenir, la nostalgie et la quête spirituelle. Ce sont des textes d’une grande finesse littéraire, portés par des mélodies qui continuent d’émouvoir. Les applaudissements nourris ont révélé l’attachement du public à ce patrimoine musical et son intérêt pour les spectacles mettant en valeur les traditions artistiques nationales. Sid Ali Dris a confirmé son engagement en faveur de la sauvegarde et de la valorisation de celles- ci. Plus qu’une simple représentation, » De Grenade à Mezghena » est une célébration de la mémoire culturelle et de la continuité d’un héritage qui relie les générations et les territoires, de l’Andalousie historique à l’Algérie contemporaine.


