
La saison estivale ouverte le 18 Juin dernier à partir de la plage de Sidi Djelloul s’annonce particulièrement chaude.
L’on s’attend après la proclamation des résultats du Bac à un rush sans précédent du fait de la multiplication des établissements d’hébergement et des offres de location de particuliers.
Il serait édifiant d’établir un premier diagnostic de la situation du secteur et d’en extraire les points critiques.
A chaque fois que l’on évoque la fonction du tourisme dans la Wilaya d’Ain Temouchent, on ne se prive pas de mettre en avant le taux de fréquentation des plages qui font la réputation de la contrée.
Reportage de Said Mouas
Près de 05 millions d’estivants en moyenne chaque année avec des pics allant jusqu’à 09 millions avant l’épidémie du COVID 19.
Au-delà du caractère aléatoire de ces évaluations basées, diton, sur l’occupation journalière des plages au mètre carré et multiplié par les superficies composant le littoral et réservées à la baignade, il convient surtout de savoir pourquoi l’activité touristique au niveau de la région dont les potentialités sont unanimement saluées, n’arrive t- elle pas à se hisser au diapason des grandes cités touristiques renommées au plan maghrébin et international ? Connaissant les enjeux économiques liés à cette interrogation on peut aisément dire, au vu des expériences passées, que le secteur est fortement tributaire de l’environnement qui impacte l’activité touristique.
Ainsi, nous pouvons résumer toute la problématique par un postulat indiscutable, clé de voûte du Tourisme dans n’importe quel pays du monde à savoir la transversalité.
Tous les experts en la matière s’accordent sur ce point à savoir, qu’on le veuille ou non, que le tourisme est imbriqué à plusieurs dimensions qui lui donnent force et envergure : les transports, les réseaux de communication, le système bancaire et la numérisation monétaire, la qualité des prestations de services, la sécurité, l’hygiène, le niveau de préservation des patrimoines matériel et immatériel, les TIC (technologies de l’information et de la communication), les coûts de séjour, le civisme des habitants, l’éthique politique des gouvernants quand il s’agit d’investisseurs étrangers etc.
Ce sont autant d’aspects qui influent sur la sphère touristique et par la même situe le degré de développement d’une nation.
Quid de la Wilaya d’Ain Temouchent ?

Plages arrivées à saturation et le cas de Chatt el Hillal (ex Oued Hallouf)
Les toutes dernières statistiques (Juin 2023) montrent qu’il existe 17 stations balnéaires ouvertes à la baignade sur les 25 recensées dont celle d’El Mordjane proposée pour cette saison 2023.
S’étalant sur 80 km de côte comportant des sites encore à l’état sauvage et à haute valeur touristique ce potentiel n’a pratiquement pas changé depuis l’indépendance du pays, voilà les atouts qui singularisent le littoral Temouchentois et que l’on affiche toutes les fois qu’il s’agit de promouvoir l’image de marque de la Wilaya.
Et à ce titre d’aucuns pourraient se poser la question de savoir pourquoi encore la douzaine de Walis qui s’est succédée à la tête de la Wilaya depuis 1984 et les 08 APW qui ont défilé durant la même période, personne n’a songé à la création de nouvelles plages dignes de ce noM. On n’en est encore à échafauder des plans qui changent d’appellation au gré des nominations.
Pour l’instant le SDATW (Schéma directeur d’aménagement touristique de la Wilaya) prévoit 10 zônes d’expansion touristique et le plan d’aménagement touristique pour chaque zône constituent les référents de base de la «mise en tourisme» pour reprendre une formule en vogue.
Les études concernant les ZET de Rachgoun, Sbiaat, Hammam Bou Hadjar, Terga, Chatt el Hillal, Sidi Djelloul et Sassel sont prêtes sauf que pour la ZET de Chatt el Hillal (ex Oued Hallouf) où l’approbation demeure en suspens en raison de contraintes objective, et pas des moindres, la situation semble hypothéquée toute extension.
De 250 ha la superficie de la ZET de Chatt El Hillal est descendue à 22 ha.
Jugez en : présence d’abord de l’usine Medgaz qui alimente l’Espagne, ensuite d’une unité de dessalement polluante, tertio du Douar ex ferme Régina et de terres privées dans le périmètre de la ZET sans compter enfin le fait que l’Agence foncière de la Wilaya possède à son actif des parcelles actées et publiées sur lesquelles elle tente (elle est dans son droit) depuis des années d’installer une soixantaine d’acquéreurs ayant payé leur terrain.

Nous avions évoqué dans une précédente édition et dans le détail ce lourd contentieux que traîne comme un boulet l’Agence Foncière.
En dépit, d’une part, de la délibération prise par l’APW ordonnant dans les plus brefs délais le règlement du problème et d’autre part, des décisions de justice pénalisant l’agence foncière la situation n’a pas évolué.
Le déclassement de la ZET de Chatt el Hillal en zône classique reste, selon notre point de vue, l’issue la plus envisageable.
Le comité technique de Wilaya se réunira bientôt pour trancher la question.
Il doit être ouvert à toutes les suggestions comme celle que nous avons préconisé en et qui consiste à ventiler les bénéficiaires individuellement ou par groupe sur des sites vacants ou disposant de petites assiettes de terrain libres et ne présentant aucune contrainte juridique.
Dans le cas échéant trouver un compromis en monnayant les importantes parcelles appartenant à l’Agence foncière situées dans les ZET contre d’autres moins propices à l’investissement.
On ne va pas tout de même construire des Hôtels à l’infini sur tout le littoral.
Le bon sens doit prévaloir.

Le PATS de Rachgoun a quant à lui fait l’objet d’une révision en 2022
Au sein de certaines ZET comme celle de Hammam Bouhadjar la régularisation des constructionsillicites fait polémique.
D’ailleurs il y a beaucoup à dire et à médire sur les infractions touchant le domaine maritime commises entre 1990 et 2018.
C’est un peu la boîte de Pandore.
Bref, l’ANDT a en principe du pain sur la planche.
Le volontarisme de l’Etat qui consent d’énormes avantages fiscaux aux investisseurs privés afin de promouvoir le secteur du Tourisme est souvent exploité de façon abusif car le créneau est juteux et la plupart d’entre eux ne lésinent pas sur les moyens pour obtenir davantage de crédits auprès des banques en recourant aux extensions de leur projet une fois arrivé à terme et pérenniser ainsi les délais de grâce en matière d’imposition.
Sur le littoral Temouchentois activent actuellement 41 hôtels offrant 6534 lits contre 31 établissements et 5511 lits en 2021.
Neuf (09) autres hôtels ont été réceptionnés en2022 portant le nombre de lits à 5731.
Pour l’année 2023 et d’ici le mois de Juillet cinq (05) nouveaux établissements totalisant une capacité de 240 lits ouvriront leurs portes.
On s’attend cet été à une grande affluence et de nombreux propriétaires de maisons sur un rayon de 16 km proposent déjà des locations tarifées à la nuitée.
Une formule appliquée dès l’été 2013 suite à la circulaire ministérielle réglementant le « séjour chez l’habitant «.
Une mesure visant à compenser le manque de structures d’accueil.
Elle bénéficiera surtout aux familles originaires du Sud du pays.
D’Adrar, de Béchar, El Bayadh ou de Tamanrasset.
La location chez l’habitant sera cependant difficile à contrôler vu le flux de touristes nationaux attendu.
L’autre casse tête prévu a trait à la concession des plages réhabilitée récemment laquelle concession pose polémique de manière récurrente.
Il semble que l’opération soit à sa phase finale puisque les ouvertures de plis sont faites.
Près d’une vingtaine de plages autorisées à la baignade sont concernées et un cahier des charges type sera opposé aux exploitants notamment à certains d’entre eux qui ne manqueront pas de piétiner sur le portions de sables affectées.
A ce propos, il n’et pas inutile de rappeler les dépassements enregistrées depuis que la concession existe.
Il n’y a pas de période estivale où les vacanciers n’ont pas eu à déplorer ce genre de situation qui dégénèrent souvent en bagarre.
Il appartient désormais aux élus des communes côtières de veiller au respect de la loi.
A Rachgoun par exemple, station chic s’il en est, la presque totalité des espaces publiques vierges a été bradé en quelques années au profit des «puissants».
Une caste y a pris confortablement et silencieusement ses quartiers et les complexes dominant la baie sont devenus inaccessibles au commun des mortels.
Les propriétaires de Jet- sky ne se gênent pas pour venir jusqu’au bord de l’eau titiller les postérieurs des baigneurs avant de virer en trombe pour un nième dangereux numéro.
Ils sont si heureux les enfants du nouveau paradis.
Au Syphax, quand la mer est en colère et vomit son écume, la piscine devient le point de rencontre des jeunes prodiges qui s’amusent sous les yeux des « mamys» à la chevelure teintée et des «papys» au ventre prospère.
A 1000 dinars l’accès quelque soit l’âge, les férus de natation en ont pour leur tasse de…
javel !

Les offices de tourisme presque inaudibles
La wilaya d’Ain Temouchent à l’instar des autres localités touristiques a mis au point des circuits destinés aux visiteurs.
Une sorte de pack de loisirs et de découvertes qui reflète les sites emblématiques de la wilaya suivant un itinéraire programme susceptible d’intéresser les éventuels hôtes de la wilaya.
Une initiative au demeurant pertinente, voire même élémentaire serait-on tenté de dire s’agissant du secteur du tourisme car les supports publicitaires modernes en l’espèce constituent des outils indispensables pour la promotion d’une région.
Aucun tourisme ne peut se développer sans visibilité et c’est pour cela qu’il existe partout dans le monde, là où l’activité touristique est considérée comme un important levier économique, des structures d’information et d’animation chargées de promouvoir et de «vendre» l’image d’une région ou d’un pays.
Syndicat ou office du tourisme, ils accompagnent la politique du secteur en mettant en exergue les atouts naturels ou les spécificités attractives d’une localité afin de drainer le maximum de visiteurs nationaux et étrangers.
Les agences de voyages s’appuient en général sur ces «vitrines» pour attirer leur clientèle.
Celles-ci sont au nombre de cinq (5) dans la Wilaya d’Ain Temouchent et si l’on ajoute l’ensemble des acteurs locaux du monde du tourisme (propriétaires d’établissements hôteliers, restaurateurs et associations culturelles et sportives) on ne peut que regretter l’absence d’un véritable plan de communication au plan touristique.
En 1985, dans le sillage de la naissance de la wilaya, fut créé le premier office du tourisme (Votre serviteur en a été aussi le premier président) qui ne tarda pas faute de moyens et de soutiens, de sombrer dans l’oubli.
Vingt ans après un groupe de promoteurs viendra combler le vide sous l’impulsion de Mr Benchaâbane Med Belkacem propriétaire du complexe M’Hiddine de Terga pourvu de 600 lits.
L’office du Tourisme active cahin-caha sans vraiment jouer pleinement son rôle de locomotive de l’activité touristique.
La culture dans ce domaine ne s’invente pas.
Il faut se donner les moyens humains et matériels pour relancer l’office et promouvoir la destination «Ain-Temouchent» et tout le monde y trouvera son compte.
Reste aux acteurs de s’organiser et de réagir aux bouleversements qui s’opèrent sous nos yeux même s’il est vrai que le tourisme a longtemps pâti des conséquences funestes de la décennie noire.
La Wilaya d’Ain Temouchent grâce à son immense potentiel maritime, pour peu qu’il soit préservé des convoitises, est en mesure de relever les défis.


