
«La Voix de Hind Rajab» raconte le cri d’une enfant piégée sous les bombardements, une voix fragile qui déchire le silence du monde.
La soirée de clôture du Festival international du film d’Alger s’est achevée sur une note bouleversante avec la projection de «La Voix de Hind Rajab», de la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania.
Pendant 89 minutes d’une intensité insoutenable, le public a suivi, le souffle coupé, la voix fragile de Hind, une fillette de cinq ans piégée dans une voiture sous les tirs de l’entité sioniste.
Seule, terrifiée, tenant son téléphone comme un dernier lien avec le monde, elle appelle le Croissant-Rouge et implore qu’on vienne la secourir. Ce matin-là, le 29 janvier 2024, Hind n’avait que cinq ans.
À Tel Al-Hawa, au sud-ouest de Ghaza, les bombardements se rapprochaient encore, frappant un quartier déjà vidé par des semaines de violence.
L’oncle chez qui elle vivait comprend alors qu’il n’a plus le choix et qu’il devait quitter sa maison pour tenter de sauver sa famille.
C’est dans une petite Kia noire que l’oncle, la tante, quatre cousins et la petite Hind, serrée contre eux, prennent la route du Sud, là où peut-être la mort les oublierait quelques heures.
Mais leurs espoirs se heurtent très vite à un mur de gravats. La route est coupée, ensevelie sous les ruines.
L’oncle se dirige alors vers le Nord, sans savoir que l’armée israélienne vient d’ordonner l’évacuation immédiate de Tel Al-Hawa dans la direction opposée.
La route se transforme alors en piège et des tirs de chars s’abattent sur la voiture.
À l’intérieur, les corps s’effondrent les uns sur les autres. Hind reste seule vivante, coincée sous les corps de ceux qu’elle aime.
La voix de Hind, ultime lien avec la vie
Dans le noir, dans la poussière, elle croit que sa famille dort simplement, qu’ils finiront par se réveiller.
Alors, avec une force que seuls les enfants blessés savent trouver, elle attrape le téléphone et compose le numéro du Croissant-Rouge palestinien.
Sa petite voix tremblante devient le fil qui la rattache à la vie.
Pendant 3 longues heures, elle parle aux volontaires, répète où elle se trouve, leur demande de venir vite.
Les secouristes se battent contre les interdictions militaires et essaient tout pour arriver jusqu’à elle.
Hind tient bon et attend seule dans cette voiture. Puis la ligne se coupe.
Entre enregistrement téléphonique authentique et reconstitution, l’oeuvre montre la terreur, l’attente et l’isolement de l’enfant transformant sa voix en symbole de la souffrance des habitants et de l’horreur vécue par les enfants palestiniens.
Son cri fragile affronte le silence du monde, interroge la justice, l’humanité et la responsabilité collective.
Un film qui bouleverse le monde et multiplie les distinctions
«La Voix de Hind Rajab» a remporté le Lion d’argent et Grand Prix du jury de la Mostra de Venise 2025, avant de recevoir six autres distinctions dans les sections parallèles dont le Leoncino d’Oro, le Prix de la Croix-Rouge italienne.
Le film a décroché le Prix du public à la Mostra Valencia en Espagne et au Festival de San Sebastián.
Sa projection à Venise a été saluée par une ovation debout de près de 24 minutes, l’une des plus longues de l’histoire du festival.
Le long-métrage représente, enfin, la Tunisie dans la course à l’Oscar du meilleur film international 2026.


