
• Une étude montre qu’une précarité financière durable est associée à un déclin cognitif plus important et à des signes de vieillissement cérébral.
• Les effets semblent particulièrement marqués chez les hommes et les personnes défavorisées durant l’enfance, entre autres.
• La lutte contre la pauvreté pourrait aussi contribuer à prévenir certaines formes de démence, selon les chercheurs.
Et si les difficultés financières pesaient aussi sur notre mémoire ? Une vaste étude britannique menée sur plus de 70 ans révèle qu’un faible revenu ou des difficultés financières persistantes pourraient accélérer le vieillissement cérébral. Les travaux, publiés dans la revue Innovation in Aging, suggèrent que lutter contre la précarité pourrait aussi contribuer à prévenir le déclin cognitif.
Stress chronique et vieillissement du cerveau
Les chercheurs de l’University College London (UCL) ont analysé les données de plus de 2.700 participants de la célèbre cohorte britannique de 1946 (MRC National Survey of Health and Development), suivis de la naissance jusqu’à la soixantaine avancée. Ils ont comparé leur situation financière à différents âges avec leurs performances cognitives et, pour une partie d’entre eux, les résultats d’IRM cérébrales.
Le constat est sans appel : les personnes ayant connu des difficultés financières ou un faible revenu – et ce, de manière répétée – au début et au milieu de l’âge adulte obtenaient de moins bons résultats aux tests de mémoire et de vitesse de traitement dès l’âge de 53 ans. Chez environ 400 participants ayant bénéficié d’une IRM entre 69 et 74 ans, un faible revenu sur le long terme était également associé à une santé cérébrale plus dégradée, avec davantage d’atrophie du cerveau. « Plus que des épisodes ponctuels d’adversité, c’est l’accumulation des difficultés financières sur de nombreuses années qui est associée aux pires résultats cognitifs », souligne le Dr Jacques Wels, auteur principal de l’étude, dans un communiqué.
Les chercheurs avancent plusieurs explications à cela. En premier lieu, il y a le stress chronique lié aux difficultés financières, qui favoriserait l’inflammation, un phénomène déjà connu pour accélérer le vieillissement du cerveau. À cela s’ajouterait une « charge cognitive » permanente : s’inquiéter constamment de ses finances mobiliserait une partie des ressources mentales, au détriment d’autres fonctions cognitives.
Agir sur la précarité pour préserver la santé cognitive
Sans surprise, certains groupes semblent plus vulnérables. Les hommes qui ont vécu dans la précarité avaient des performances cognitives plus faibles que les femmes dans la même situation. Pourquoi ? Les scientifiques évoquent notamment des comportements de santé moins favorables, comme le tabagisme ou une consommation excessive d’alcool, mais aussi un stress financier potentiellement plus important dans cette génération née en 1946.
Par ailleurs, les effets étaient aussi plus marqués chez les personnes ayant grandi dans un milieu défavorisé et chez les porteurs du variant génétique APOE-ε4, principal facteur génétique de risque de maladie d’Alzheimer.
Cette étude met en évidence une association et ne démontre pas un lien de cause à effet, rappellent les auteurs. Mais pour la professeure Praveetha Patalay, chercheuse à l’UCL, elle suggère néanmoins que « soutenir les personnes confrontées à des difficultés financières et réduire la pauvreté chronique pourrait aussi contribuer à prévenir le déclin cognitif et certains cas de démence à l’avenir ».
✍️ Agences


