Culture

Balestra : rêver mieux

Une escrimeuse américaine fait un retour à la compétition afin de se qualifier pour les Jeux olympiques de Paris. Sous la pression de son mari et entraîneur, elle fait l’expérience d’un nouveau dispositif lui permettant de prolonger son entraînement… durant son sommeil. Elle y rencontrera Elliot, un mentor caché dans son inconscient, qui chamboulera à la fois son couple et sa vie.

Balestra, de la cinéaste canadienne Nicole Dorsey, d’après un scénario d’Imran Zaidi, est l’histoire la plus étrange et alambiquée vue au cinéma depuis des lustres ! L’idée de faire un thriller basé sur l’entraînement d’une escrimeuse est déjà un exploit en soi, l’escrime n’étant pas le sport le plus palpitant sur le plan des rebondissements cinématographiques parmi les disciplines olympiques.

Balestra est le second thriller de Dorsey, après Black Conflux. Sa sortie durant les JO de Paris s’avère « une heureuse coïncidence », a-t-elle confié au Globe and Mail. Car Dorsey devait tourner ce film en 2020, avec Tessa Thompson et Marwan Kenzari dans les rôles principaux.

Si la cinéaste s’était contentée du genre d’anticipation à la Black Mirror, Balestra aurait pu soutenir notre intérêt durant… deux heures et demie. Malheureusement, Dorsey n’évite pas le piège de la morale à deux sous. Elle aborde le revers du rêve américain : le succès à tout prix, la fin qui ne justifie pas (toujours) les moyens… Sur fond de romance Harlequin. On voit autant de vagues, de sable et de couchers de soleil sur la mer dans Balestra qu’en une semaine dans un tout-inclus !

À 34 ans, Joanna (Cush Jumbo, assez convaincante) renoue avec l’escrime après une longue pause. Et ne vise rien de moins que l’or à Paris, malgré son âge et ses revers. À la suggestion de son mari et entraîneur, Joanna accepte de tester un appareil expérimental qui lui permet de s’entraîner durant… son sommeil. Elle fera la rencontre virtuelle du séduisant et mystérieux Elliot (Manny Jacinto, qui semble maîtriser un seul registre de jeu). Or, ce bel avatar va bouleverser le couple, la conscience et les rêves de l’escrimeuse. Car les moyens qu’elle prend pour gagner sont loin de l’idéal olympique.

PHOTO DAVID ASTORGA, FOURNIE PAR ENTRACT FILMS

Manny Jacinto dans Balestra

Si Balestra critique l’individualisme du rêve américain, on fait vite le tour de cette histoire cousue de fil blanc. Entre le monde onirique et la réalité de Joanna, il y a trop d’invraisemblances, de clichés et d’incohérences. L’enrobage du film est léché. Le mouvement de caméra et le montage sont habiles, particulièrement dans les scènes de combat à l’épée. Or, le récit est complexe et nous amène vers un dénouement prévisible et bâclé. Dommage.

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