
Une fake news virale sur TikTok prétend que le Doliprane « féminise » les garçons pendant la grossesse. Les spécialistes rappellent qu’aucune preuve scientifique ne confirme cette affirmation.
L’ESSENTIEL
- Une rumeur virale affirme que le Doliprane « féminise » les garçons pendant la grossesse.
- Les études scientifiques ne montrent aucun lien avec l’orientation sexuelle ou la virilité.
- Les médecins recommandent de continuer à utiliser le paracétamol uniquement lorsque cela est nécessaire et sur avis médical.
Une simple vidéo publiée sur TikTok a suffi à relancer une vieille rumeur et à inquiéter de nombreuses femmes enceintes. L’affirmation selon laquelle le Doliprane pourrait « féminiser » les garçons à naître a été largement relayée sur les réseaux sociaux. Pourtant, les spécialistes sont unanimes : cette interprétation déforme les résultats des études scientifiques disponibles.
Une rumeur née d’une interprétation erronée des études
Tout est parti d’une vidéo de l’influenceuse Maeva Ghennam, suivie par plusieurs millions d’abonnés, affirmant que le Doliprane « féminise » les fœtus masculins. Depuis, des vidéos humoristiques ou militantes ont amplifié cette idée sur le réseau social TikTok. Comme le rappelle Sylvie Babajko, directrice de recherche à l’Inserm et à l’Université Paris Cité, interrogée par Science & Vie, « c’est une rumeur fausse qui utilise des bases scientifiques de façon erronée ». En réalité, aucune étude n’a montré que le paracétamol influençait l’orientation sexuelle, la virilité ou le comportement des garçons.
La confusion provient de travaux ayant exploré un éventuel effet du paracétamol sur le système hormonal. Certaines études ont observé une association – et non d’un lien de causalité – entre une forte exposition au Doliprane pendant la grossesse et quelques modifications du développement des organes reproducteurs, comme un risque accru de cryptorchidie ou une distance ano-génitale légèrement plus courte.
Mais ces résultats restent très discutés. Une revue publiée en 2024 dans JBRA Assisted Reproduction n’a pas retrouvé de différence significative, tandis qu’une méta-analyse européenne publiée en 2026 dans Human Reproduction conclut à l’absence d’effet significatif sur le développement reproductif. Comme le souligne le Dr Olivier Marpeau, gynécologue-obstétricien, dans les colonnes de Madame Figaro, « de là à tirer comme conclusion directement que cela va féminiser le fœtus dans le ventre de la mère, ou pire, encore plus délirant, que cela va impacter ses préférences sexuelles, on bascule totalement dans l’interprétation infondée ».
Les autorités appellent surtout à un usage raisonné
Le paracétamol reste aujourd’hui l’antalgique et l’antipyrétique recommandé pendant la grossesse lorsqu’il est nécessaire. Les agences sanitaires rappellent toutefois qu’il doit être utilisé à la dose minimale efficace et après avis d’un professionnel de santé.
Le Dr Olivier Marpeau insiste également sur un point essentiel : « Il y a bien plus de risques à laisser une femme enceinte à 40°C de fièvre pendant 48 heures que de lui prescrire du paracétamol pendant 48 heures ». À l’inverse, remplacer le Doliprane par des anti-inflammatoires comme l’ibuprofène peut exposer le fœtus à des risques bien documentés.
Cette polémique illustre surtout la facilité avec laquelle des résultats scientifiques complexes peuvent être détournés sur les réseaux sociaux. Les chercheurs invitent donc à distinguer les hypothèses de recherche des preuves établies et à toujours demander conseil à un professionnel de santé avant de modifier un traitement.

