
Une exposition de lithographies de l’artiste plasticien, Rachid Koraïchi , a été ouverte, jeudi à la Galerie « Le Bronze » du Musée public national des Beaux Arts d’Alger, à l’occasion du Mois du Patrimoine (18 avril -18 mai), célébré cette année sous le slogan, « Notre patrimoine .. Notre Civilisation ».
Visible jusqu’au 30 juin prochain, cette exposition, intitulée, « Rachid Koraïchi .. Les Chemins d’Elévation » est organisée par le Musée public national d’Art moderne et contemporain (MAMA), en partenariat avec le Musée public national des Beaux Arts d’Alger, sous l’égide du ministère de la Culture et des Arts.
En présence de plusieurs artistes et des directrices des deux Musées, Samira Younsi et Dalila Orfali, respectivement, 80 lithographies originales, inspirées de la pensée soufie, mettent en lumière l’univers singulier de Rachid Koraïchi, dont l’œuvre explore les liens entre spiritualité, mémoire et langage visuel.
Dans un élan hautement créatif, cette exposition rend hommage aux « Maîtres invisibles », une dizaine de grandes figures du soufisme qui ont marqué l’histoire, à l’instar notamment de, « Rabia El-Adawiyya », l’icône du pur amour divin, « Jalaleddine El Roumi », l’Eveil de l’âme et le Chant de l’univers, « Mohieddine Ibn Arabi », le Cheikh el Akbar et l’Andalou universel et « Abdelkader El-Jilani », le Sultan des Saints et Pôle de Baghdad.
Constituant une expérience à la fois esthétique et introspective, où l’art devient un espace de méditation et de dialogue entre les cultures, les œuvres de Rachid Koraïchi invitent le visiteur à ralentir le regard grâce à la technique dite « du miroir », fondée sur l’inversion de l’écriture, qui suspend la lecture immédiate et favorise une approche contemplative, à travers des signes qui semblent alors se déployer dans l’espace comme des trajectoires célestes, entre autre.
Dans son œuvre qualifiée d’exploration métaphysique, l’artiste associe, alphabet arabe, caractères amazighs, symboles talismaniques, glyphes mystiques et idéogrammes personnels dans un langage universel où l’écriture dépasse sa fonction sémantique première pour devenir forme, rythme et présence.
Cette recherche s’exprime à travers une grande diversité de matériaux, allant du bronze et de la céramique au textile et à la soie.
A travers une scénographie immersive, les étoffes traversées de symboles et de couleurs bleu, jaune, rouge, vert ou violet, instaurent une atmosphère chargée de mémoire et de résonances spirituelles, où chaque teinte accompagne une signification particulière, à l’instar du bleu qui suggère la profondeur intérieure, ou le jaune renvoyant à la lumière et à la quête de connaissance.
Au-delà de sa dimension esthétique, l’œuvre de Rachid Koraïchi porte un engagement humaniste et mémoriel, au regard de nombre de ses projets, à l’instar de, « Le Jardin de l’Afrique », un mémorial dédié à la dignité humaine et « Les collaborations littéraires », une série de dialogues artistiques avec de grands poètes et hommes de lettres à l’image de, Mahmoud Darwich dans « Une Nation en exil ».
L’exposition « Rachid Koraïchi … Les Chemins d’Elévation » offre ainsi une lecture contemporaine de l’œuvre de ce grand peintre, céramiste et graveur, tout en célébrant un patrimoine artistique profondément ouvert sur l’universel.
Né en 1947 à Aïn Beïda dans une famille de lettrés et de tradition soufie, Rachid Koraïchi se forme aux Beaux-arts d’Alger avant de poursuivre ses études en France. Son travail dépasse les codes de la calligraphie classique pour construire une véritable « cosmogonie des signes », ce qui lui a valu la reconnaissance internationale.
Lauréat de plusieurs distinctions nationales et internationales dont, le Prix Jameel du Victoria and Albert Museum en 2011, l’artiste figure aujourd’hui dans les plus grandes collections mondiales.

