
Alors que la métropole oranaise s’engage dans une refonte en profondeur de sa mobilité urbaine, un Oranais ayant travaillé comme cadre au Centre for Budapest Transport (BKK), Hongrie, nous explique le modèle d’organisation particulièrement inspirant de cette entreprise publique hongroise.
Distinguée par le prestigieux Lee Kuan Yew World City Prize en 2026, pour sa capacité à transformer la ville avec des moyens limités, l’entreprise hongroise BKK démontre que l’efficacité repose moins sur des moyens colossaux que sur une ingénierie organisationnelle et managériale de pointe. Pour Oran, qui s’efforce de moderniser son offre, les leçons de Budapest constituent une véritable feuille de route vers l’excellence. « La clé du succès du BKK réside dans sa structure : une entreprise publique, (PLC), détenue à 100% par la municipalité, qui agit comme un chef d’orchestre. Elle est responsable de la planification des lignes et des horaires, du marketing, de l’information des passagers et de la gestion des titres de transport », explique M. Saadoune, un émigré oranais installé en Hongrie et ancien cadre du Centre for Budapest Transport (BKK). Cette approche « intégrée » contraste fortement avec le système oranais, qui souffre encore d’une fragmentation et d’une forte dépendance aux opérateurs privés. « À Budapest, le BKK gère un réseau de plus de 260 lignes de bus, métros, tramways et trolleybus, en passant des contrats de service public avec des opérateurs », précise M. Saâdoune. Cette unification sous une seule autorité permet une cohérence stratégique inconnue à Oran, où les perturbations sur les lignes subissent encore des carences structurelles. Concernant l’information aux usagers, là où Oran cherche encore à fiabiliser ses affichages, Budapest Cenest entrée dans une autre dimension. HORAIRES, HYGIÈNE ET RIGUEUR « L’entreprise publique BKK a développé BudapestGO, une application utilisée par 1,4 million d’utilisateurs mensuels. Cette plateforme ne se limite pas à la vente de billets : elle intègre les informations en temps réel sur tous les modes de transport, la planification d’itinéraires multimodaux, et même des services de mobilité partagée comme les vélos ou trottinettes en libre-service », relate M. Saâdoune. Pour Oran, s’inspirer d’une telle solution représenterait un bond technologique. Elle permettrait de répondre à deux critiques récurrentes à Oran : le non-respect des horaires et l’opacité des informations. L’intégration de la billetterie dans l’application simplifierait l’accès aux abonnements, un enjeu souvent évoqué par les transporteurs locaux. Contrairement à Oran, où le non-respect du code de la route et les questions d’hygiène sont régulièrement pointés du doigt, le BKK s’inscrit dans une politique globale de mobilité durable. « Le respect des horaires et du code de la route n’est pas une fin en soi, mais le résultat d’une stratégie intégrée. Pour fluidifier les déplacements, Budapest a massivement investi dans les infrastructures cyclables et les hubs de mobilité (points Mobi). En réduisant la place de la voiture et en organisant le stationnement, le BKK permet à ses bus de circuler plus librement, améliorant ainsi leur régularité », souligne M. Saâdoune. Enfin, l’organisation du BKK repose sur un management moderne. « La politique RH montre une entreprise tournée vers l’humain », ajoute M. Saâdoune. Pour Oran,le développement d’une politique de formation et de responsabilisation des chauffeurs, sur le modèle du BKK, serait gage de professionnalisme et de respect de la clientèle. Et M. Saâdoune de conclure : « Le BKK propose un modèle d’intégration où la technologie, le management et la planification urbaine ne font qu’un. Le chemin de la modernisation passe par une centralisation de la planification, une digitalisation ambitieuse et une vision globale de la mobilité, dépassant les seules limites du bus. »
Ilyès N.


